©Lida Savoredova

Les routes du désir

Deuxième Partie

THE LOVESICK MAN

2016 – 2017

 

Chapitre 3

Il n’est pas encore 16h00 et je n’y vois plus rien. C’est fou ! Où est passée la lumière du soleil ? La nuit a chuté sans préambule. Comme si elle avait glissé sur une plaque de verglas. BAM ! Debout derrière la porte-fenêtre de mon bureau, j’aperçois un paysage maintenant alourdi par un épais manteau blanc. Un vent violent secoue les sapins et les feuillus dénudés. Etonnés, les mésanges et les moineaux ont gonflé leurs plumes et cessé de chanter. De gros flocons virevoltent ici et là, comme s’ils hésitaient à se poser qui sur l’herbe, qui sur la forêt. Le front appuyé contre la vitre, je contemple le déchainement de la nature. Une belle tempête de neige, sauvage… hypnotique.
Deux voitures passent au ralenti devant la maison. Cette présence humaine me ramène à la réalité. Mince alors ! Est-ce que la SNCF va annuler mon voyage si cette averse neigeuse persiste ? Et si c’est le cas, comment Pierre le prendra-t-il ? Il a prolongé son séjour à Paris pour me rencontrer et à la dernière minute, je lui annoncerais que je ne viens plus. Quelle garce, je ferais ! Tout ça pour des raisons climatiques ! Et si j’y allais en voiture ? Je mettrais beaucoup de trop de temps… J’aurai ce train ! J’ai envie de cette rencontre.

Depuis deux jours et autant de nuits, je n’ai pas réussi à aligner plus de trois phrases cohérentes du nouveau chapitre sur lequel je travaille. J’ai trop de choses en tête. Quand j’ai annoncé à Norbert que j’abandonnais le roman pour en écrire un autre, il a hurlé. J’étais folle. J’avais signé. J’avais perçu les à-valoir. Pour qui est-ce que je me prenais ? Je me croyais libre d’en faire à ma guise ? Et m’attaquer à ce sujet ? Fallait vraiment être dingue ! On allait me tuer. J’étais sûrement sur écoute et donc, lui aussi. Toutes ces fois où il avait défendu ma cause, ça ne représentait rien pour moi ? Sans cœur ! Mais qu’est-ce qu’il avait fait au bon Dieu pour être puni ainsi ? Pourquoi lui, hein ? Et tous ces renseignements top secrets, d’où je les détenais ? Qui était ma source ? Un vrai sketch. Mais Norbert avait en partie raison. En changeant d’histoire, en bifurquant pour écrire celle-ci, je n’avais pas choisi la facilité. Et encore, mon éditeur n’était pas au courant que Julian ne donnait plus signe de vie depuis plusieurs semaines. Où était-il ? Lui était-il arrivé quelque chose de grave ? Avait-on décidé en plus haut lieu de le faire taire ? Julian m’avait prévenue. Dès l’instant où j’avais commencé mon investigation, où j’avais effectué des recherches sur la cellule Alpha, dès lors que j’avais fouillé le site du Centre français de recherche sur le renseignement, je serais fichée.

 « Je vais être clair. Jusqu’à la dernière minute je l’ai espéré… je ne serai pas là-bas. Pas avec toi. Je le regrette. Vraiment. Tu me crois ou pas. Vraiment !!! Si tu as le temps, va à L. C’est mon jardin secret. Et si c’est à toi que je le dis, ce n’est pas rien. Il y a une grande croix au sommet du village, avec une vue terrible. Le Tarn s’appelle ici la vallée de l’amitié. J’y avais une maison. Je t’envie.» Ce sont les derniers mots de Julian. Ils datent du mois d’août.
Je suis inquiète. Aucun moyen de le joindre en dehors de Twitter.
Cet été, j’avais espéré qu’il me rejoindrait dans le sud, avec quelques jours de retard. Que nous boirions du whisky ou de la vodka – ou les deux, assis l’un contre l’autre au pied de cette croix piquée tout en haut de la colline de ce village si pittoresque. Au-dessus de nos têtes, un ciel étoilé dans lequel aurait flotté une lune ronde et, tout en bas, les reflets dorés des lampadaires auraient miroité sur le Tarn argenté. Autour de nous, les chuchotements de la nuit auraient bruissé et enlacé ceux de nos corps qui se seraient apprivoisés en toute impudeur.

J’avais passé des heures à marcher sur ses traces, sur les bords du fleuve, dans la montagne aride, dans les ruelles pavées et odorantes. A respirer tous ces parfums, à contempler tous ces paysages. A l’imaginer vivre dans cette contrée sauvage que je découvrais pour la première fois. J’étais tombée amoureuse de ces endroits. Un véritable coup de foudre. Au point d’envisager de tout plaquer pour m’y installer et habiter une vieille maison entourée de châtaigniers centenaires, de buis taillés et de buissons de sauge. J’avais contacté des agences immobilières qui m’avaient annoncé des prix défiant toute concurrence. Norbert avait commencé à paniquer. Norbert, quoi. Et puis ce silence soudain. Nouveau. Si long. Si assourdissant. Trop silencieux pour être honnête.

Bien sûr, je suis habituée à ses départs inopinés. Mais Julian est toujours revenu au bout de quelques jours. Cette fois, c’est différent. Ou il a choisi de tout plaquer pour aller vivre à l’autre bout du monde. Ou on l’a contraint à se taire pour toujours… Nous avions évoqué notre envie réciproque d’aller nous installer en Colombie Britannique. Est-il parti là-bas sans me le dire ? Mais alors, pour quelles raisons ?
En vrai, je ne sais pas grand-chose de cet homme. Et lui prétendait ne rien savoir de moi. Pourtant, malgré sa disparition inexpliquée, je refuse encore d’imaginer qu’il ait pu me mentir pendant tous ces mois. Non. Je n’y crois pas. Il n’a pas pu. Ce n’est pas possible ! C’est impossible ! Tous ses mots… si semblables aux miens. Ses mots-miroirs. « Chut ! Le désir est réciproque. » « Travaillez-moi au corps ! Peu de femme osent le faire. Peu savent le faire. Peu savent ce qu’elles en veulent. Peu sont vous. Peu. Très peu. » « Vos mots me font parfois mouiller. Je l’avoue… » « Vous êtes belle et désirable. Vous ne jouez pas. L’important est ce que vous écrivez et ce que j’en ressens. Envie de toi. » « Ton esprit et tes mots sont si singuliers. Tu dois être séductrice née. Une aura rare. Que dire de plus ? Je suis troublé. »
Au début de nos échanges, Julian n’a jamais caché qu’il avait peu de place pour moi mais qu’il en avait suffisamment pour penser à moi et pour m’écrire. Il s’était ensuite libéré de cette femme. Et puis, quoi ? Je pourrais reprendre mes mauvaises habitudes et m’interroger sur ce que j’ai pu dire ou faire qui lui aurait causé des ennuis, mais non. Pas cette fois. Qui serais-je pour couler à nouveau alors que j’ai réussi à parcourir tout ce chemin pour revenir vers la lumière. Mais oui, c’est vrai, ne pas savoir s’il est en vie me perturbe encore. Par moments. Et je ne peux poser de questions à personne ! Même si je le pouvais.
« Si je te le dis à toi, ce n’est pas rien. » Où qu’il soit, se rappelle-t-il m’avoir dit cette phrase alors que je m’apprêtais à le rejoindre, là-bas, dans le sud ? Je vis sans lui. Mais il le sait. Il l’a toujours su. Lire entre les lignes, décrypter les messages non verbaux, c’est sa vie. Sa survie aussi. Comme la mienne. Je suis moins douée que lui, ça, il le sait, je le sais. Quoique. Peut-être ai-je simulé ? J’ai si froid sans lui, parfois. Où es-tu, Loup ?
La bouteille de Lagavulin achetée en août pour notre rencontre est presque vide. Je l’ai remarqué hier soir. Je suis fière de moi. Mon corps a quelque fois encore du mal à accepter l’absence d’alcool et de ses brumes mais je tiens bon.
Je n’enverrai pas de lettre à Julian. Cette fois, je n’en ai pas envie. Marre de monologuer. Marre de ce silence. Marre d’entretenir son absence. Combien de nuits ai-je passé à attendre un signe de sa part ? C’était bien la peine de lui répéter « Ne m’attends jamais ».  S’il m’a bernée, peut-être se moque-t-il de ma naïveté, où qu’il soit. Et sinon ?
Pierre vient d’entrer dans ma vie et il m’attend à Paris.

J’avais prévu de le rejoindre en robe et bottines à talons aiguilles mais, pour une fois, je vais la jouer raisonnable. Est-il réellement celui qui transparaît dans nos échanges ? Pierre… Marié. Nez droit, lèvres pleines. Approchant les 1,90 m. J’ai envie de lui. Envie de gestes doux et lents, de rire et de sexe. Envie de me lover dans ses bras, de m’abandonner à lui. Pendant des heures. Cet homme m’intrigue. Et sexuellement, il m’attire terriblement. Qu’est-ce que je connais de lui, en vrai ? Et lui de moi ?
Je ne lui ai rien confié à propos du thème de mon roman. Il ne connait pas l’existence de Julian et c’est tant mieux. Moins de personnes seront dans la confidence, moins il y aura de risques. Et moins Norbert flippera. Je suis certaine que mon éditeur porte un gilet pare-balles. S’il savait de quoi certains sont capables pour imposer un silence définitif… il trouverait peut-être qu’avoir investi dans cette protection est autant inutile que ridicule. Il ragerait même d’avoir dépensé de l’argent pour !
Il neige encore. Hum. J’espère que j’arriverai à la gare suffisamment à l’heure pour attraper le bus.

Nancy. Enfin ! Une demi-heure de retard. Le TGV est parti sans moi. Et merde ! Si je me fie au tableau d’affichage, le suivant est prévu et annoncé à l’heure. Bien ! Et un contrôleur est juste à mes côtés dans ce hall de gare où attendent quelques voyageurs. Impeccable ! J’envoie un message à Pierre en fumant ma cigarette. Une heure de retard et aucun reproche. Il m’attendra sur le quai comme prévu. Je n’ai vraiment plus l’habitude de fréquenter des hommes qui savent ce qu’ils veulent…
Pour avoir stalké Pierre sur le Net, je sais que c’est son vrai prénom. J’ai aussi appris son nom, son adresse, visionné plusieurs vidéos dans lesquelles il intervenait. Ses mains qui dansent pour appuyer certains mots m’ont fascinée. Sa voix est moins grave que je ne l’avais imaginée. Son très léger accent est charmant. Je ne sais pas comment il m’accueillera mais je l’embrasserai. J’oserai, je le sais.
Assise sur la banquette, non loin de tout un empilement de valises appartenant à des inconnus, je lis Parole de femme et je tweete. Trop énervée pour dormir. Le contrôleur est un moustachu à lunettes qui est amusé par mon histoire. Il regarde d’un œil distrait le griffonnage que son collègue nancéen a laissé sur mon billet. Ce qui l’intéresserait, c’est de lire ce que j’écris. Mais il ne verra rien. Les gens indiscrets m’insupportent.
Je suis bien à voyager seule dans ce coin réservé aux voyageurs censés téléphoner à l’écart de leurs congénères. Ce qu’ils ne font jamais. Un papa accompagne sa fillette aux toilettes. Ses remarques d’enfant m’amusent et m’en rappellent ceux d’Alexandra. Il l’écoute et lui répond. Attention paternelle qui m’étonnera toujours autant, moi qui ne l’ai pas connue. Tour à tour, une vieille dame bancale, un adolescent à lunettes et une trentenaire engoncée dans son chemisier viennent squatter cet endroit exigu. Ils arrivent d’un côté ou de l’autre et sursautent dès qu’ils m’aperçoivent. « Bouh ! Je suis le monstre de la plateforme. » Ma blague idiote leur tire un sourire plus ou moins rassuré.

Le TGV ralentit déjà. Pour mettre aperçue dans le miroir des toilettes, je sais que ma coiffure est échevelée. Mais elle va bien avec mon jeans. Peut-être. Et puis, Pierre me voulait vraie. « J’aimerais passer à l’hôtel pour me changer avant de dîner, si cela vous convient, bien sûr. Dites-moi… » Quelle peste je suis ! « Aucun souci. Je vous attends. Hâtez-vous ! »
Ma robe est dans mon baise-en-ville. Avec des bas et mes escarpins. Mon baise-en-ville ! Une expression de ma grand-mère qui aurait certainement désapprouvé ce rendez-vous. Ou pas. A la mort de mon grand-père, quand j’avais évoqué l’adultère dont il s’était rendu coupable – il venait de l’avouer sur son lit de mort, elle m’avait répondu que certaines situations exigeaient à jamais le silence et la réfutation. Elle avait su dès le début et m’avait vaguement évoqué un jeune homme tombé fou amoureux d’elle. « Dans ces histoires d’amours singulières, n’avoue jamais. » avait-elle conclu avec un sourire espiègle.

Des voyageurs ont envahi le couloir, accrochés à leurs énormes bagages. Où est Pierre ? Je l’aperçois qui scrute la foule impatiente. Il scrute les visages des personnes pressées d’arriver à destination.
Pour pimenter nos jeux, je ne lui ai envoyé que des photos de moi tronquées. Nous n’avons pas échangé nos numéros de téléphone. Aucun moyen de communiquer en dehors de la messagerie Twitter. Et j’ai coupé ma connexion.
J’avance vers la sortie. Il semble quelque peu tendu. Intimidé.
—    Je suis si heureux de vous voir…
Tout contre lui, alors qu’il me tient les bras en souriant, je baise ses lèvres. Douces. Chaudes. Il me semble si grand. J’aime la carrure large de ses épaules. J’ai soudain envie qu’il m’enlace et me protège du monde extérieur.
Il m’embrasse à son tour, ses mains touchant mes cheveux d’un geste sensuel, beaucoup trop bref.
—    Je pourrais les détacher… J’aime beaucoup… Venez… Guidez-moi, je ne connais pas du tout cette gare.
Nous marchons l’un contre l’autre, au même rythme. Cela semble si naturel.
Sur la place du 11 Novembre, la file de taxis offre une chorégraphie insensée aux voyageurs happés par les tentacules cocaïnés de Paris. Pierre se dirige vers une berline allemande et m’en ouvre la portière. Il contourne le véhicule pour prendre place à mes côtés en indiquant la rue et le nom de l’hôtel.
Pierre se rapproche de moi, sa cuisse touche la mienne. La chaleur de sa paume qui traverse l’épaisseur de mon jeans me procure des frissons. J’en tremble. Nos doigts s’effleurent, se provoquent, s’emmêlent. Il se penche vers moi, m’embrasse avec une délicatesse maîtrisée. J’en gémis. Intrigué, le chauffeur jette un regard dans son rétroviseur.
En nous souriant, nous reprenons tous les deux une posture plus convenable. Nous avons tellement à nous dire. Nos corps aussi. Ce serait idiot qu’un accident de voiture nous en empêche.
—    Vous êtes adorable.
—    Déjà ?
—    Oui. Malgré ce temps, vous êtes venue à moi. Nous allons nous goûter…
—    En profondeur.
—    Vous êtes… délicieuse. J’ai très envie de vous.

En entrant dans la chambre, je me débarrasse de mon manteau, de mes écharpes et de mes bottines. Je remarque à peine les motifs de la tapisserie, le grand lit double, le fauteuil placé à côté d’une table ronde où sont posés des plateaux en laiton.
Pierre m’attrape avec fermeté et m’amène face à lui. Ses lèvres lèchent les miennes qui s’entrouvrent. Je me colle à lui, mes mains sur son cul. Il sourit et poursuit ses caresses avec une lenteur exaspérante. Sa bouche, ses doigts, son souffle. Mon corps fond au fur et à mesure de leur progression. Il sourit encore plus et se recule. J’en suis hébétée. Salaud !
—    Je vais me changer. Je peux ?
—    Bien sûr…
Dans le miroir de la salle d’eau, je croise mes yeux brillants. Je me trouve belle, vibrante d’un désir fauve. Quelques minutes plus tard, je ressors vêtue d’une robe portefeuille noire, mes jambes gainées de soie.
Quand Pierre se retourne, je chausse mes escarpins, non loin du lit. Il se glisse derrière moi, son ventre contre mon cul.
—    Ainsi, vous êtes juste à bonne hauteur.
—    Je vous déteste.
—    J’aime… Allons dîner, j’ai réservé une table juste en face.

L’établissement nous refuse. Nous serions en retard. Nos caresses auraient-elles duré aussi longtemps ? J’aurais aimé qu’elles se poursuivent. J’en veux encore. Cette faim et cette soif me portent.
Non loin d’une petite place pavée, un restaurant nous accueille. Nous nous installons dans le recoin de son chapiteau chauffé. Seuls au monde. Ou presque. Je l’écoute parler. J’aime sa façon de raconter, de bouger, d’écouter. Sa façon de manger. Gourmande. Sensuelle et sauvage. J’ai faim de lui. Terrible.
—    Un whisky ?
—    Vous souhaitez m’enivrer ?
—    Oui…
—    Deux doigts alors. Pour commencer.
Ses yeux rient. A cet instant, j’aimerais glisser mon pied entre ses cuisses et sentir son sexe durcir. J’aimerais le voir rougir. Je n’ose pas. Une autre fois. Peut-être.
Plus tard, alors que j’allume une cigarette en savourant un autre whisky, ses mains caressent mes jambes, de mes chevilles à la couture de mes bas. Audacieuses. Affolantes.
—    J’aime vos jambes… Merci pour ce plaisir.
—    Ce n’est que le début. Non ?
—    Nous avons toute la nuit. Et jusqu’à midi demain. Ton cul va m’adorer.
—    Salaud ! Je vous déteste.
—    Salope ! Embrassez-moi, Douceur…

Baignée par l’éclairage de la rue, notre chambre devient le théâtre de jeux amoureux et impudiques. Face à moi, alors que nous sommes debout, Pierre est à l’écoute de la moindre vibration de mon corps, du rythme de mon souffle, du son de ma voix. Entre ses mains, au contact de sa bouche, je danse. J’ondule. Ses mots sont doux et crus. La musique de sa voix m’hypnotise. M’envoûte. Je deviens fontaine et volcan. Nos désirs joutent, baisent et jutent. D’un geste ferme, soudain, Pierre me retourne, passe mes bras dans mon dos, poignets croisés, mes mains à hauteur de sa queue. Plaqué contre moi, il maintient sa prise. Je m’abandonne à lui. Ses caresses diaboliques m’envolent. Je plane dans des vagues d’orgasmes, droguée de plaisirs multiples.
Au petit matin, nous nous allongeons enfin. Nos peaux sont moites. Je me tourne sur le côté, mon amant m’enlace et me murmure des mots doux à l’oreille. Je l’écoute, troublée et lui réponds avant de rire avec lui qui s’endort. Je veille alors sur son sommeil, le regard mi-clos posé sur les rideaux qui filtrent la faible lumière du jour. Ses ronflements sonores envahissent l’espace et se frottent à mon insomnie. Je suis plénitude et sérénité. Ce qui ne m’est pas arrivé depuis des lustres…
La chaleur de sa paume sur ma hanche m’éveille en douceur. Ses lèvres caressent ma nuque et sous ses mains, mon corps à nouveau tangue et s’ouvre. Je me lève, face à la fenêtre. Il me rejoint. Sa peau embrasse la mienne. Frissons. Extase. Encore. Croiser son regard et l’entendre gémir quand je suis à genoux entre ses cuisses me catapulte hors du temps. Et puis, c’est une nouvelle histoire de lèvres qui s’effleurent, s’embrassent, de langues qui se touchent, souples et douces, de salives qui se mêlent et de corps qui se donnent et s’abandonnent. De voyages sensuels qui mènent aux orgasmes multiples.

Nous prenons un petit-déjeuner tardif sur ce lit défait. Je le regarde qui me regarde, l’écoute me dire des mots doux, des mots fous, évoquer un peu de sa vie. Je le regarde qui me lit un poème debout et nu alors que je suis alanguie dans le fauteuil en velours, simplement revêtue de mon pull. Nos rires à nouveau se mélangent.
Quand il prend sa douche et que je le rejoins, je souris au reflet de mes yeux qui transpirent le sexe et l’extase. Flâner dans les rues et les avenues de Paris pendant de longues minutes m’aidera à redescendre. Lire en attendant mon TGV aussi. Une chose est sûre : l’envie d’une nouvelle rencontre est là. Pour lui. Pour moi. Cet homme si cultivé et si prévenant, si drôle et si bienveillant, empli de tendresse et d’animalité, d’envie de partages, cet homme me trouble et me fascine. J’aime. Infiniment. Et maintenant ?
J’ai un roman à écrire. Comme ne cesse de me le rappeler mon éditeur paranoïaque.

(Photographie : Lida Savoredova ©Armen Aghayan)

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