1 – L’HOTEL DU DESIR

Assise dans son bureau-bibliothèque, Cé souriait en appuyant sur Tweeter. Elle avait passé plusieurs minutes dans la recherche de la photo et de la chanson idéales qui illustreraient ses mots.
Bad Things avait été la bande-son du générique de la série True Blood. Un nouveau clin d’œil qu’elle lançait à Al depuis qu’ils jouaient de nouveau à se séduire. Si tant est qu’ils avaient cessé un jour.
La quadra copia le lien pour le lui envoyer par messagerie privée.

Cette logique
1° Bloquer une date
2° Réserver un hôtel
3° Ramener ton joli cul à l’heure prévue
4° Apporter une bouteille de vin et deux verres
5° Oublier le monde pendant des heures
6° Baiser, baiser, baiser
7° Et jouir de Nous jusqu’à l’épuisement.

A la minute suivante, Cé appelait son éditeur pour le prévenir de son prochain séjour parisien. Peut-être serait-il libre pour l’inviter à déjeuner et évoquer le manuscrit qu’elle lui avait envoyé ?
Elle sourit en entendant sa réponse hystérique, telle qu’elle l’avait imaginée de la part de cet hypocondriaque notoire :
—    Tu es folle !
—    Pour quelles raisons ?
—    Tu vas venir à Paris en pleine épidémie !
—    Je n’ai pas l’intention de fréquenter tout Paris. Je ne vais approcher qu’un seul être.
—    Hors de question que je sorte de mon appartement !
—    Qui a dit que je parlais de toi ?
Elle raccrocha en riant avant qu’il n’ait eu le temps de répliquer à sa pique.
Peut-être n’a-t-il pas tort et qu’entreprendre ce voyage est une folie ? Mais Al est si… sexe. Son grand corps mince et musclé… Et sa bouche, sa bouche…  C’est terrible l’effet qu’il a sur moi. Cela a toujours été le cas, remarque. Dès les premières fois où j’ai lu ses mots… bien avant de l’avoir vu en chair et en os. Il y a… Damned ! Il y a trop longtemps ! Je le veux lui. Et pas un autre. Hors de question que nous nous rations encore une fois !
Une notification était apparue sur l’écran de son portable. Al lui avait répondu.
—    Effectivement ça semble simple. Et jouissif.
—    Oui…
—    J’adore. Ce son.
—    Très sexe et sensuel.
Comme toi, Fauve.
Tous les deux avaient vaqué à leurs occupations respectives. Cé apportait les dernières corrections à son manuscrit et passait sur Twitter quand elle s’offrait des pauses. Mater les tweets du Fauve était un régal pour ses yeux et ses pensées érotiques. L’écrivain imaginait parfois qu’elle collait son corps au sien et goûtait sa peau de sa langue ou de ses doigts.
Elle reviendrait vers Al plus tard, histoire de vérifier si son envie était à l’unisson de la sienne. L’an passé, ils s’étaient ratés. Cette fois, peut-être que le timing était le bon ?

Une semaine était passée. Cé reprit contact par DM.
—    Le 13, tu serais dispo ?
—    C’est la plus belle question qu’on m’ait posée aujourd’hui.
—    Han ! Et c’est moi qui l’ai posée. J’adore !
—    En journée ou en soirée ?
—    Qu’est-ce qui est le plus facile pour toi ?
—    Je dirais l’après-midi.
—    OK. De quelle heure à quelle heure ? Oui, je veux savoir.
—    De midi à la fin d’après-midi.
—    Wow. Vrai ?
—    Très vrai. Avec du Champagne.
—    Toi et des bulles… Hmmm. Je vais mourir de faim. ;)))
—    Rires.
Bon sang ! Je veux l’entendre rire. Je veux le voir bouger. Je veux…
—    Et une ambiance cosy.
—    Comme ?
—    Musique et lumière tamisée.
—    Tu apportes cela avec toi ?
—    Oui !
Lors de leur toute première fois, il avait sorti une bouteille de Bordeaux qu’ils avaient bu dans les verres disponibles dans une des chambres du Scribe. Cet homme était un vrai gentleman, très classe. Elle adorait sa façon de s’habiller, sa façon de penser, rebelle et tendre.
—    Hmmmmmmm.
—    C’est ce que tu vas me dire à l’oreille à mon arrivée ?
—    Oui… après avoir sniffé ton cou.
—    Et moi le tien.
—    Hmmmmmmm.
—    Mais quelle est donc cette tension que tu m’occasionnes ? Tsss. Bad girl !
—    Ha ha. Garde cette tension !
—    Je vais la chérir.
—    Chéris-la. Je vais adorer prendre le temps de te désaper.
—    Je vois déjà ton petit sourire.
—    Tu te souviens de mon sourire ?
—    Je me souviens de tout.
Moi aussi. Moi à tes genoux, entre tes cuisses… Toi au-dessus de moi, entre mes cuisses. Ton sexe, ma langue sur ton gland… Tu ne portais pas la barbe… Et beaucoup moins de tatouages.
—    Je m’en mordille les lèvres.
—    Je vais mordiller tes lèvres. Toutes.
—    Miam !
—    Il n’y a que ta chevelure que je vais découvrir si j’ai bien compris.
—    Oui… J’ai toujours les cheveux longs. Un peu moins que cet été mais toujours longs.
—    Je ne me figure pas.
—    Moi non plus. Je vais découvrir ta barbe…
—    Tu as les photos.
—    Les photos, ce n’est pas toi que je touche.
—    Vrai.
—    Je vais te toucher pour de vrai.
—    Oh oui !
—    Oh oui !
—    Nous avons rendez-vous alors.
—    Oui. Nous avons rendez-vous. Un A figure dans mon agenda, l’après-midi du 13.
—    Superbe.
—    Je pourrais mettre un F mais A, c’est plus sexe.
—    Flatté.
—    Moi aussi.
—    Cela m’enchante.
—    Je serai au rendez-vous.
—    Et moi donc. Emoi donc.
—    Je réserve un hôtel.

Cé revint vers lui après avoir choisi son hôtel et envoyé un courriel au concierge. Elle espérait qu’il accepterait sa requête habituelle : « Bonjour, j’aimerais avoir la chambre au cinquième étage comme à chaque fois que je descends dans votre établissement… »
—    Hôtel réservé.
—    Quelle efficacité ! Où ?
—    Dans le 9e. J’aime cet hôtel. Au dernier étage.
—    Oh tu as tes habitudes !
—    Tel un chat. J’ai découvert deux hôtels dans ce quartier mais choisi celui-ci. Tranquille.
—    Sweet.
—    Sauf quand des Chinois occupent la chambre voisine de la mienne et jacassent dans le couloir.
—    Ha ha.

Le lendemain matin, Cé découvrait un cadeau du Fauve dans ses messages privés : une photo de lui.
Son regard et cette bouche… Quadra, ça lui va bien. Il n’a jamais été si sexy…
—    Je te mords.
—    Garce ! Je me venge !
—    Miam. Miam. Miam.
—    Alors… mordons-nous. Je te piquerai un cigare.
—    Et tu allumeras le mien, Louve.
—    Tu as un briquet ?
—    Je te laisserai tripoter mon Zippo, plein d’essence.
—    Han ! Il faut prévenir les pompiers au cas où ?
—    Seulement ceux qui ont un petit cul rebondi et imberbe.
—    Ha ha. Entre nous, c’est toi que j’ai envie de toucher…
—    Han ! Où ?
—    Je n’ai droit qu’à un seul endroit ?
—    Allez, trois endroits.
—    Monsieur est grand seigneur… Mon ventre contre ton cul, mes mains sur ton sexe bandé et tes couilles… Et mes lèvres sur tes lèvres.
—    Jolie réponse.
—    C’est risqué de se voir alors que le coronavirus prend Paris ?
—    On va s’échanger plein de microbes, oui.
—    Mon éditeur me conseille de ne pas venir. Il est en mode on va tous mourir !
—    Jouissons avant.
—    Han ! Ouiiii !
—    Aimons-nous vivants, disait le philosophe.
—    Voilà. Mes billets sont achetés. Donc… tu viens. Avec des bulles, ton Zippo et, éventuellement, de quoi grignoter.
—    Deal.
—    Vrai de vrai ? comme disent les enfants…
—    Grave comme disent les ados.

Une nouvelle nuit s’était écoulée.
L’impatience de Cé devenait aussi incandescente que l’inquiétude qui enflammait les réseaux sociaux à propos de la pandémie.
—    Bonjour grand Fauve…
—    Hello toi ! Joli pull rouge !
—    Sourire. C’est bientôt vendredi ?
—    Absolument.
—    Je file.
—    File pendant que j’admire ton cou gracile. Dis donc, cette chevelure… Il me tarde de te tourner autour.
—    Garde cette envie… Je repars.

Trois heures plus tard, Cé le provoquait à nouveau. A moins que ce ne soit lui.
—    Envie de ta bouche…
—    Sur ta bouche ? Dans ton cou ? Sur tes seins ? Entre tes cuisses ? Sur chaque centimètre de ton corps ?
—    Tout. Je veux tout.
—    Alors tu auras tout. Et plus encore.
—    Je vais te goûter, savourer, lécher, bouffer… entre deux coupes de Champagne.
—    Je te rendrai la pareille. Oh que oui !
—    Et partout où tu me laisseras, je glisserai ma langue, mes doigts, ma queue.
—    Bon sang. Je veux vendredi !
—    Tu viens de me faire bander. Tu ne perds rien pour attendre.
—    Slurp.
—    Sensuellement porn.
—    Sensuellement porn toi-même !
—    Une main qui te saisit, l’autre qui te caresse…
—    Ah ouais ? Envie de toi. Très sexe. Très sensuel.
—    Hummm. Hmmmm.
—    Non, ça, ce sont mes soupirs.
—    Ha ha. Moi je ronronne mais je ne sais pas l’écrire.
—    Envie de t’entendre ronronner.
—    Oh tu m’entendras !
—    Sourire. Je te toucherai déjà pour vérifier que tu es bien réel. 😉
—    Tu as carte blanche. 😉 Moi, je te respirerai pour être sûr.
—    Hmmmmmm.
—    J’imagine déjà la chaleur de ta bouche, très chère.
—    Tu ne sais pas où je t’ai emmené quand tu n’étais pas là. Hmmmmmm.
—    Ce ronronnement est à moi.

Plus les heures de leur rencontre approchaient, plus les informations sur l’épidémie virale devenaient effrayantes. Pourtant, ni Al ni elle n’avaient l’envie d’annuler ce qu’ils avaient prévu. Un hymne à la vie.
—    Te mate pendant ma pause clope.
—    Sauras-tu fumer ainsi tout en sentant le contact de ma barbe entre tes douces cuisses ?
—    A tenter. Envie de toi, terrible. Envie de nous. Terrible. Tic-tac tic-tac.
—    Il me tarde.
—    J’y croirai quand je te verrai et quand je te… toucherai. Car nous allons nous… toucher, n’est-ce pas ?
—    Nous toucher et échanger énormément de microbes, oui. Alors ma liste… Bougies. Musique. Champagne. Mignardises. Poppers.
—    J’adore !
—    Préservatifs et cigares !
—    Et toi.
—    Et moi.
—    Oui, toi. Envie de t’entendre ronronner.
—    Tu vas m’entendre.
—    Han !

La veille de son départ, au risque de paraître pesante, Cé lui demanda encore de confirmer leur rencontre.
—    Je lis les infos à retardement.
—    On se baise. C’est même la dernière chance de s’envoyer en l’air avec un(e) complice qui n’habite pas à côté.
—    OK. On se baise.
—    Qu’on se le dise ! Hey, beauté, in fine, c’est toi qui décides, hein !
—    Je viens. Et tu ramènes ton cul. Et tout le reste.
—    Deal ! Mon cul est téméraire.
—    Le mien aussi.
—    Hum je lui en toucherai deux mots.
—    Seulement deux ?
—    En plusieurs langues. Incluant le langage des signes.
—    Toi moi dans l’ascenseur ?
—    Hmmmm.
—    Je descendrai accueillir Monsieur…
—    Oh vraiment ? Je suis flatté.
—    Sinon, tu seras seul dans l’ascenseur.
—    Je veux cette hôtesse !

Et le jour du voyage sans passeport arriva.
Sa valise rouge roulant derrière ses talons hauts, Cé marcha de la gare jusqu’à son hôtel. Le concierge lui sourit en lui tendant la clé de sa chambre. Car, oui, il avait libéré celle qu’elle appréciait.
Les heures qui la séparaient du Fauve allaient lui paraître interminables. Sa faim de lui devenait dévorante.

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