La femme adultère de Giuseppe Conte


Les scribes et les pharisiens amenèrent une femme mariée qu’on avait surprise avec un autre, ils la placèrent au milieu et dire : Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Moïse, dans la Loi, nous ordonne de lapider à mort ce genre de femme. Toi, qu’en dis-tu ? Ils parlèrent ainsi pour le mettre dans l’embarras et pouvoir l’accuser. Mais Jésus se pencha et dessina sur le sol avec le doigt.
Evangile selon saint Jean

Si nous voulons être en toutes circonstances des juges justes, nous devons avant tout nous convaincre qu’aucun de nous n’est sans faute.
Sénèque

L’histoire :
En l’an 817 après la fondation de Rome, an 64 de l’ère chrétienne, un vieil homme rencontre une femme sur une plage. Vêtue d’une robe chiffonnée comme celle de quelqu’un qui couche dehors, elle est à genoux dans le sable et, de sa main droite, trace des signes dans le sable. Sénèque, car il s’agit de lui, la reconnaît comme une de ses nombreuses esclaves mais ne se souvient pas de son nom. Il se rappelle aussi qu’elle est la compagne de Phèdre, le maître de grec. Tous deux n’étaient pas rentrés depuis le jour où l’incendie de Rome avait éclaté et Sénèque les pensait morts.
Bien que des fils blancs et gris se mélangent à son épaisse chevelure noire, la femme paraît encore jeune. *Ses lèvres étaient saillantes, charnues, avec des contours plus foncés, son nez fin, ses narines étroites, ses yeux longs avec des iris noisette qui brillaient autour de pupilles très noires. Ses seins étaient gros et tombaient, mais sans s’abandonner, se cambrant même quand elle bougeait et s’appointant autour des mamelons que la tunique souillée de terre, de sable et de cendre, laissait entrevoir.
Quand Sénèque demande à la femme de lui expliquer ce que veulent dire les signes qu’elle dessine dans le sable, elle éclate en sanglots. A ce moment, surgissent des fuyards vociférant. Ils cherchent les responsables de l’incendie de Rome, les chrétiens. César les a déclarés coupables et eux veulent les voir crucifier ou mourir au Cirque. Les Romains partis, la femme s’approche de Sénèque et annonce : « *L’incendie aussi est entré en moi. Je n’ai pas eu le courage de te le dire auparavant. Maintenant ce sont des innocents qui paieront pour l’incendie, et un innocent a déjà payé. Mes larmes ne suffiront plus… […] Tu ne sais rien de moi. J’ai passé tant d’années dans ta maison, j’ai servi ta femme, je t’ai servi, j’ai été la compagne d’un homme que tu as peut-être aimé. Et pourtant tu ne sais rien de moi. Et maintenant tu veux connaître le pourquoi, quels sont les signes que je traçais sur le sable, ce qui m’a rendue pareille à une vagabonde, à une folle… Je n’ai jamais raconté mon histoire à personne… »
Et pourtant, elle va le faire. Cette inconnue, c’est la femme adultère que Jésus a sauvé de la lapidation.

*La femme adultère est magnifiquement raconté. Giuseppe Conte est un merveilleux conteur. La documentation historique solide n’entache en rien la grâce de son récit à l’érotisme tamisé, les personnages sont vivants et sensuels.

La femme adultère, c’est l’histoire d’une jeune fille de quinze ans, fille de pauvres pêcheurs juifs de Palestine, qui, grâce à sa beauté, est mariée à un riche marchand, Yakub. Yakub est gentil mais comme le dit si bien sa servante Rebecca, il ne sait pas rendre une femme heureuse. La vieille Rebecca aux nombreux amants va initier la jeune femme aux plaisirs. Tout va basculer le jour où la jeune épouse va croiser la route du beau centurion, Lucius. Comment garder la tête froide quand l’amour fou est là ? Comment rester calme quand un homme vous révèle le plaisir de la chair ?

Faut-il voir dans La femme adultère un des messages de Sénèque, « Personne ne se soucie de bien vivre, mais de vivre longtemps, alors que tous peuvent se donner le bonheur de bien vivre, aucun de vivre longtemps. » ? Sûrement. Ce qui est certain, c’est que ce roman a obtenu le prix Manzoni du meilleur roman historique 2008.

La femme adultère est un très bel hommage à la tolérance. C’est aussi un hymne à l’amour sensuel et au bonheur. « Tu es libre » dira Sénèque à la femme adultère quand elle aura terminé le récit de sa vie. Troublant.

La femme adultère, Giuseppe Conte, Editions Laurence Teper 384 p. 19, 60 €

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