Le coeur à l’envers

Une pie passe devant la fenêtre et file vers la droite de la maison, bientôt suivie d’une deuxième. Le regard perdu sur l’étendue herbeuse devenue une sorte de perruque blanc argenté, Scribe hésite. Derrière elle, les bûches enflammées crépitent dans l’âtre. La jeune femme frissonne. Les éclats du soleil réverbérés sur les plaques de neige glacée lui coupent les yeux. Aujourd’hui, tout lui paraît perdu d’avance. J’ai dû me tromper d’histoire.

Dans son lecteur, les sœurs Pierce tournent en boucle. Scribe se retourne vers la pièce et s’approche du manteau de la cheminée. Les mains contre la pierre chaude, elle laisse sauter ses pensées d’une marche à l’autre. Je déteste qu’il parte pendant mon sommeil. Je déteste ses silences qui s’éternisent. Oui. Aujourd’hui, je déteste. Je veux ses yeux au-dessus de mon bol de thé réveille-matin. Je veux son corps sous la douche, avec le mien. Je veux son souffle contre mon oreille et ses mains sur mes hanches. Je veux ses mots sur ma peau. Putain de lui ! Il me retourne comme une crêpe bretonne !

Quelque chose avait atterri tout contre son corps. Scribe ouvrit les yeux. Le siamois ronronnait en pédalant de ses pattes de velours. Elle passa ses mains dans sa fourrure. La bête savourait. Scribe ne savait plus où elle en était. Quelle heure est-il ? Un livre tomba au sol, suivi d’un autre et encore d’un autre. Elle en lisait trois à la fois. Et merde, il est déjà 10h30 ! Je n’ai pas envie d’écrire de chroniques pour ces albums pourris ! Ni pour ses livres ! Je n’ai pas envie d’écrire du tout. Je suis incapable d’écrire, là. Je veux des pages blanches comme la neige. Je ne veux plus d’infos qui m’annoncent la fin du monde. Je ne veux plus les entendre se dégueuler dessus parce qu’ils sont pro-palestiniens ou pro-israéliens. Je ne veux plus de courriers électroniques contenant des vœux pornographiques. Je veux des mots doux, des approches pattes de velours, des coups de pattes pour voir si. Et surtout, surtout, je veux la paix. La paix ! La paix ! LA PAIX ! Quand son GSM qui commençait de sonner en vibrant explosa contre le mur, le chat bondit au sol et se sauva en crachant, le poil hérissé, la queue toute gonflée. En le voyant peiné à prendre son tournant pour rejoindre le couloir ventre à terre, Scribe fut prise d’un fou rire qui dura plusieurs minutes. Puis, rassérénée, elle ouvrit son placard, saisit son écharpe, son manteau et ses gants et prit aussi son paquet de cigarettes même si elle savait qu’elle ne fumerait pas.

Quelques instants plus tard, elle souriait au facteur qui déposait du courrier dans une boîte aux lettres. Elle poursuivit sa marche. Là-haut, sur le plateau, elle dominerait le village, elle éliminerait la gastro-entérite qu’elle avait dans la tête. Je n’ai que des idées de merde ! Peut-être qu’au-dehors, tout serait plus clair ?

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