Le Glamour de Christopher Priest

Né en 1943, Christopher Priest est un écrivain britannique de science-fiction qui a déjà reçu de nombreux prix pour ses parutions. Si Le monde inverti reste un de ses romans les plus connus, La machine à explorer l’espace (paru en 1970) préfigurait le genre steampunk qui apparaîtrait quelques années plus tard. L’un de ses livres, Le prestige (World Fantasy Award, Prix James Tait Black), a été adapté au cinéma par Christopher Nolan avec Christian Bale, Hugh Jackman, Michael Caine, David Bowie et Scarlett Johansson dans les rôles principaux.

Son œuvre tourne toujours principalement autour de la perception de la réalité, avec Le Glamour, Christopher Priest explore principalement l’invisibilité.

« A l’origine, un « glammer » était un sortilège, un enchantement. Un amoureux allait trouver la vieille la plus sage du village et la payait pour envelopper son aimée d’une charme d’invisibilité qui empêchait les autres jeunes gens de la convoiter plus longtemps. Une fois affectée du glamour, elle n’avait plus rien à craindre. »

L’histoire
Victime d’un attentat à la voiture piégée, Richard Grey, cameraman professionnel, se remet peu à peu dans une clinique où il est gardé au secret par le gouvernement britannique. Richard Grey a perdu la mémoire. Tout ce qui précède l’attentat a disparu. Un jour, une jeune femme lui rend visite à l’hôpital. Elle se présente comme son ex-petite amie qu’il appelait soi-disant, Sue. Même si la jeune femme lui paraît étrange, il ressent une attirance pour elle. Petit à petit, sa mémoire se remet en place. Il se souvient de Niall, le compagnon de Sue. Il se rappelle que tous les deux possèdent le glamour, ce pouvoir fascinant qui leur permet de disparaître aux yeux des mortels. Seulement voilà, les souvenirs de Richard sont-ils réellement les siens ?

L’impact
Encore une fois, l’œuvre de H.G. Wells a influencé l’écriture de Christopher Priest. Si précédemment, l’écrivain avait comme mélangé La machine à remonter le temps et La guerre des mondes en créant La machine à explorer l’espace, ici, Priest reprend le thème de L’homme invisible de Wells en le rendant beaucoup plus complexe et vertigineux.

Ainsi le récit de Le glamour est raconté à plusieurs voix comme si l’histoire devenait un millefeuille savoureux dans lequel chaque protagoniste, Richard, Sue et Niall, avait mordu et avait ressenti, bien sûr, puisque chaque être est unique, des sensations différentes. Où est la vérité ?

Richard a rencontré Sue dans un café. Ils vont devenir amants mais voilà, Sue est la compagne de Niall. Niall est écrivain et possède la faculté de totalement disparaître, c’est un invisible, un « glam ». D’après Sue, seuls les invisibles peuvent le voir. Sue possède le glamour mais est attirée par le monde des « normaux », des « viandeux ». Les invisibles ne l’aiment pas, elle n’est pas vraiment des leurs. Richard qui est grand reporter de guerre, est aussi à moitié glam, à moitié normal. Seulement, il ne s’en souvient pas.

Comme Grey titube à la fin du roman, le lecteur ressort chamboulé de sa lecture. Qu’est-ce que la réalité ? Ce qu’on voit ou ce qu’on croit / veut voir ? Peut-on se fier à sa propre mémoire ? Où commence et où se termine la vie privée ? Quel est le rôle du journaliste dans la société contemporaine ?

Avec Le glamour, Christopher Priest livre un très grand roman de SF dont on ne ressort pas indemne.

Extrait :
[…] Niall était différent des autres glams, puisqu’il se révélait totalement imperceptible à quiconque n’était pas invisible, abrité du monde dur derrière l’écran impénétrable de son nuage. Il était incrusté plus profond dans les ombres que n’importe qui d’autre, plus éloigné de la réalité, spectre diaphane dans une communauté de fantômes.
Sa personnalité aussi le mettait à part, sa nature même. Alors que la plupart des invisibles se plaignait de leur manque d’identité, il en jouissait, lui.
C’était le seul invisible physiquement attirant,  mes yeux. Il était en bonne santé, beau, élégant, spirituel. Il prenait des bains réguliers, se coiffait, sentait bon le propre. A l’aise dans son corps, il ne pensait pas plus que moi à la maladie. Il s’habillait avec une classe insolente, de vêtements modernes élégants, aux couleurs fleuries. Il fumait des gauloises et voyageait léger, tandis que le glam moyen s’inquiétait trop de sa santé pour s’intéresser au tabac et ne faisait pas un mètre sans se charger de tout un fatras. Niall était drôle, direct, grossier avec les gens qu’il n’aimait pas, empli d’idées, d’ambitions, et complètement amoral. Mon existence de parasite me mettait un peu mal à l’aise – certains glams avaient également des scrupules -, mais il considérait, lui, l’invisibilité comme la liberté, un avantage sur les normaux, un moyen de les espionner, de les spolier, de les dominer. […]

Le glamour, Christopher Priest, Collection Lunes d’encre Editions Denoël 336 pages 21 €

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