La chambre d’amie d’Helen Garner

Helen Garner est un écrivain australien, auteur de plusieurs romans, de pièces de théâtre, de nouvelles et de nombreuses œuvres de non-fictions. La chambre d’amie, son premier roman depuis quinze, raconte une histoire vécue.

Parce que le sujet traité dans La chambre d’amie, me touchait de près, j’ai hésité pendant de longues minutes à en commencer la lecture. La page de garde contient deux citations : « C’est un privilège que de préparer la chambre où quelqu’un d’autre va dormir » d’Elizabeth Jolley et « … Ou bien est-ce ainsi que le cœur se conduit lorsqu’il souffre ? » de Louise Glück.

Et puis, j’ai lu les premières phrases du roman :

J’ai commencé par changer le lit de place pour l’orienter nord-sud. N’est-ce pas ainsi qu’on aligne la dormeuse avec l’énergie positive de la planète ? C’est ce que Nicola aurait dit. J’ai aussi mis des draps neufs, rose pâle, car elle avait un sens inné des couleurs et parce que le rose flatte même les teints jaunâtres.

Aimait-elle les oreillers plats ou rebondis ? Etait-elle allergique au duvet d’oie, voire, puisqu’elle était végétarienne, à l’idée même ? Je lui laisserais le choix : je réunis tous les oreillers en surplus dans la maison, glissai chacun d’eux dans une taie repassée et amidonnée, et les alignai contre la tête du lit.

Je remontai les lamelles de bois du store vénitien et ouvris la fenêtre en grand. En s’engouffrant dans la chambre, l’air charria des senteurs végétales, même s’il me fallait pousser fort sur la moustiquaire et me pencher dehors pour apercevoir la moindre verdure. Depuis plusieurs mois, Nicola vivait à Elizabeth Bay chez sa nièce Iris, au huitième étage d’un immeuble Art déco dont les fenêtres, qui devaient être, j’imagine, orientées plein nord, surplombaient une forêt de vénérables figuiers de Sydney, à perte de vue vers la prairie bleue de la baie.

Dès lors, je voulais la suite. Mais, me direz-vous, pourquoi hésiter à lire ce roman australien ? Tout simplement parce qu’Helen Garner y raconte l’histoire de Nicola atteinte d’un cancer en phase terminale. Or, La chambre d’amie n’a rien d’un mélodrame larmoyant. Avec sensibilité, l’auteur s’emploie à conter l’amitié de deux femmes confrontées à la mort. Les dialogues sont parfaits. C’est triste, drôle et pétillant. Féroce et décapant. D’une écriture très rythmée, ce petit chef d’œuvre d’une grande justesse émotionnelle se lit d’une traite.

L’histoire :

Nicola, belle, distinguée, la soixantaine, atteinte d’un cancer en phase terminale, débarque à Merlbourne chez son amie Helen. Helen doit l’héberger pendant les trois semaines que doit durer son traitement miracle censée la guérir. Devant l’attitude de Nicola qui semble résolue à faire pleinement confiance aux pires des charlatans, la patience de la raisonnable Helen va vite s’effilocher.

Impavide, Nicola continue de croire au miracle de sa guérison. Cruellement intransigeante et ravagée par le remords, Helen ne sait plus quoi faire. Comment réagir devant un être qu’on aime et qu’on chérit souffre le martyr ? Que faire quand cette amie malade refuse d’affronter la vérité ? Doit-on forcer les malades à accepter la vérité ?

La chambre d’amie, Helen Garner, éditions Philippe Rey 144 pages 16 €

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