Les boules

Bouing. Bouing. Bouing. Scribe s’amuse à bruiter le sautillement du rouge-gorge qui avance dans l’herbe mi-jaunâtre mi-verdâtre. Petite boule rouge, il bondit allégrement, longeant les groseilliers en bourgeons. Bouing. Bouing. Bouing. En deux coups d’ailes, il est agrippé au bord du barbecue. La tête levée vers le ciel, l’oiseau à la gorge sang offre sa chanson d’amour à qui veut bien l’entendre. Le bec grand ouvert. Ridicule ! Scribe aimerait l’aplatir. Elle n’est pas d’humeur à supporter toutes ces danses. Qu’on lui donne une Kalachnikov et elle flingue tous ces masques et leurs parades qui dégoulinent !

Dans la platine, von Poehl n’arrive pas à la calmer. Au contraire, sa douceur la rendrait plus vindicative. Allez, viens, viens, viens ! Viens me chercher des poux que je te pète ta jolie gueule, que je te défonce le cul ! Un corps à corps avec des armes blanches, ça te dit ? La lame qui s’enfonce entre la troisième et quatrième côte alors que ton sexe est planté profond entre mes cuisses, tu oses ? Et tout ce liquide écarlate qui poisserait nos peaux et les draps. Un délice aussi intense que ton regard cloué au mien. Et nos lames qui jouent les vits froids et coupants. Elle jette un coup d’œil au miroir et s’observe, les yeux mi-clos. Et d’un coup, elle éclate de rire. « Petite conne, va ! »

May day chante Peter. La jeune femme inspire une grande bouffée d’air. « En scorpion, t’es pas mal non plus. Garde la queue dressée, pour l’instant, je ne vais pas te lâcher. Tu le sens comme ça aussi, non ? Je suis un volcan. » « Je suis égoïste » lui avait-il répondu. Et elle avait ri. La colère la fuit d’un coup la salope. Scribe a juste envie de draps froissés, de peaux mouillées, de sexes gonflés luisant de salives. Lui faire rendre gorge jusqu’à ce que ses yeux pleurent du sperme. Dam, tu paieras pour voir ! « Oh mon Dieu ! »

Photographie de Aeric Meredith-Goujon

Photographie de Aeric Meredith-Goujon

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