Romantiques d’Annette Mingels

Romantiques, ce sont seize nouvelles qui parlent de désirs et d’amours impossibles, de ravages, de mensonges, de non-dits, de rêves, de réalité.

Romantiques, ce sont seize histoires de tous les jours qui arrangées à la sauce Mingels donnent des récits troublants, pervers où l’inavouable côtoie l’insolite.

Romantiques, ça brûle. Comme la vie. Comme le bonheur.

Annette Mingels vit à Zürich. Elle est journaliste et écrivain et donne des cours à Fribourg. Après trois romans, Puppenglück, Die Liebe der Matrosen et Der aufrechte Gang, Romantiques a connu un grand succès en Allemagne.

Quelque part, l’écriture d’Annette Mingels n’est pas sans rappeler celle de Joyce. Du coup, ce n’est peut-être pas un hasard si une nouvelle, Une forme d’amour, se fait l’écho de la relation tourmentée qu’ont connu James Joyce et sa femme, la belle Irlandaise, Nora Barnacle. Une autre, Gagnants, Perdants, se fait l’écho des amours d’Isadora Duncan et Sergueï Essenine.  

Extraits :

« Viens. Elle était si légère qu’il pouvait la prendre sur ses genoux comme une enfant. Attends, il se poussa encore une fois vers l’arrière, passa la main sous le siège et recula au maximum, c’est bon, il l’attira à lui et elle sut ce qu’elle avait à faire, bougea le bas de son corps tout en l’embrassant et respirant près de son oreille, bruyamment et parfois comme apeurée. Faisait-il exprès de la repousser contre le volant ? Viens, dit-elle et elle releva un peu les fesses, viens, il ouvrit son pantalon, et elle l’embrassa dans le cou en lorgnant vers son sexe qui dressait sombre hors de la braguette, il l’avait attrapée par les hanches et la pressait maintenant vers le bas, mais elle se cabra, fit la sainte-nitouche devant ses avances, il fut sur le point de rire, impatient, il demanda, tu n’en as pas envie, et elle susurra, si, si, j’en ai envie et, d’une main, elle dégagea son slip, c’est bon comme ça, il la félicita, puis il se repoussa un peu au fond du siège et la guida par les hanches vers la position correcte, elle ouvrait grand les yeux au-dessus de son visage, verrait-il son reflet dans ses iris ? il détourna la tête et son regard plongea dans la figure non rasée d’un homme agenouillé près de la portière du conducteur, juste à quelque centimètres, et qui, la bouche ouverte, observait la scène dans la voiture. »
in Romantiques

« Ce ne fut qu’à l’instant, Tom venait justement de prendre ma main, où ma mère sortir par la porte de la terrasse et m’appela, que je me souvins n’avoir vu ni entendu Lotta depuis quelques minutes, et ça m’a fait comme quand on trébuche, à la seconde où on se sent tomber, ça gronde brusquement dans la tête et le pouls s’accélère dans la gorge, et j’ai bondi et crié, j’arrive ! et ensuite j’ai couru autour du buisson. Je m’étais attendue à trouver Lotta assise là, par terre, la tête entre les genoux, en train d’arracher des brins d’herbe ou des pâquerettes, peut-être qu’un filet de salive aurait coulé sur le sol par sa bouche entrouverte, et je l’aurais soulevée, j’aurais glissé mes mains sous ses bras et, ses jambes balançant à gauche et à droite de ma taille, j’aurais couru vers ma mère et lui aurait tendu Lotta, puis je serais revenue vers Tom, dans le jardin, vers notre couverture, et peut-être aurait-il pris ma main encore une fois. »
in Le déchirement

« Voilà comment se fut, dit-elle, et elle épingle une mèche défaite dans la couronne de ses cheveux tressés. Un homme et une femme. Elle a un sourire pour sa fille, qui est calme, épuisée par les dernières semaines de folie où elle s’était mordu le bras jusqu’au sang, où , à moitié nue, elle s’asseyait sur les genoux d’inconnus, où elle avait peint sa chambre en noir et tenu tête au psychiatre, le gros Suisse matérialiste, dit-elle, et elle gonfle ses joues. Ce n’est qu’un répit, pas une délivrance, mère et médecin le savent. Qu’est-ce qu’il fiche sous la terre, cet idiot ? avait-elle demandé. Quand est-ce qu’il se décidera à remonter enfin de là ? Maintenant, elle insiste : raconte l’histoire encore une fois, une dernière fois. Elle mendie comme une gamine et sa mère répond : que veux-tu que je te raconte ? Elle songe à l’une de ses premières lettres : par les pouvoirs apostoliques que m’a conférés sa Sainteté le Pape Pie X, je t’autorise à venir sans culotte. Elle regarde sa fille, distraite. Il n’y avait pas grand mal à cela, finit-elle par dire. J’ai dit oui, oui, oui, je le veux. Oui. »
in Une forme d’amour

« La dernière chambre commune : une tapisserie en soie avec des rayures, un secrétaire en bois sombre, une armoire et son miroir, un lit colossal et ses colonnes moulées, la cruche en verre sur la table, son bonnet en astrakan à côté. Si j’avais su que c’était notre dernière soirée, j’aurais cédé, avouerait-elle plus tard, pour lui, j’aurais chassé les esprits (les gigantesques oiseaux gris, les souris blanches, Katia la dinde, dont il avait abîmé les chaussures, de rage). Mon entourage n’est fait que d’envieux et d’imbéciles, cria-t-il, il bondissait et se démenait, ensuite il l’attrapa par les cheveux, la tira hors du lit, comme je te mépris ! la cruche vola en éclats sur le sol, il marchait pieds nus sur les débris, on entendit un crissement et ses plantes de pied laissèrent derrière elles des traces rouges dans le tapis, tout est pourri, dit-il, détruit, il ramassa un éclat, regarde bien, et il s’entailla le bras, va-t-en à la fin, elle ferma la porte de la salle de bains derrière elle, il s’y adossa et annonça : tu ne me reverras jamais plus. »
n Gagnants, perdants.

Romantiques, Annette Mingels, Quidam Editeur 224 pages 20 €
Traduit de l’allemand par Martine Rémon

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