Et Impudique sera mon nom

La voiture avale l’asphalte à une vitesse folle. Tout à coup, Scribe ouvre les yeux sur un chat planté au milieu de la route. Les freins crissent. Le chat reste stoïque. Dédaigneux, il lui jette un regard jaune et continue sa traversée lente.
One love. One life. La jeune femme pouffe. Bono chante. When it’s one need. Pas possible, elle s’est trompée de jour. Put your loving hand out baby. Beggin, beggin you. « Frankie Frankie youuuu » répète Scribe en éclatant de rire. Elle coupe le contact et claque la portière. Dehors, le vent frais rappelle le mois d’avril. Les feuilles aux arbres aussi. Le cerisier danse en un rythme fou. Scribe est repartie. Ailleurs.

La chambre baigne dans une douce lumière. Bouche contre bouche, les deux amants se respirent. Leurs mains sont unies si fermement que leurs jointures en ont blanchi. Pourtant, ils ne bougent pas. Ou presque pas. Scribe a les cuisses serrées. Dam la chevauche et la pénètre. Elle ne sait plus. Mais vu du ciel, leurs corps unis et leurs bras à l’équerre forment une croix. Leurs yeux se jaugent. Leurs sourires sardoniques en disent bien plus longs qu’ils ne devraient.

 

Nous deux n’existe pas. Je ne dirais pas que nous deux n’a jamais existé. Non. Nous deux s’écrit. A plusieurs voix. En plusieurs voies.
J’expire. Oui, j’expire vois-tu. Tu me vampirises. J’aimerais me nourrir de Toi comme tu sembles te repaître de tout mon Moi. De mes aveux. De mes murmures. De mes non-dits mille fois répétés. De mes non-dits trop présents pour toi. Je devine qu’ils te clouent, que tu te débats. Mais les tiens sont si lourds à porter. J’en crève.
Tes disparitions soudaines m’affolent encore, tu sais ? Et lorsqu’à tes retours ma langue se pose sur ta peau, je goûte à des parfums inconnus sur lesquels je tente de mettre un nom. Ou des cheveux. Bruns, blonds, roux. Rarement, je pousse le vice jusqu’à en inventer une silhouette. Plus souvent féminine que masculine d’ailleurs, j’avoue. La peur de ne pas pouvoir lutter contre un amant, sûrement. Pourtant, je sais. Je sais que ce que qui nous lie est puissant, qu’ailleurs tu ne trouves pas, que tu ne trouveras jamais, ces ressentis. Et s’il arrivait que tu t’en approches, ils seraient maigrelets, voire insignifiants.
Alors aujourd’hui, savoure ton triomphe. Ris ! Moque-toi ! Raconte-lui ! Raconte-leur ! Mais s’il te plaît, s’il te plaît, pour elle, pour lui, pour eux, tais mon prénom. Regarde, encore une fois, je m’abandonne… entièrement nue, j’en frissonne de honte. J’en rougis. Mon coeur claque. Regarde ! Encore une fois, je suis impudique.

Assise face à l’écran, Scribe pose sa cigarette dans le cendrier. Dam pose ses mains sur sa peau nue et plante ses dents dans sa nuque.

– Je peux lire ?
Déjà, l’écran est noir.

– Dis-moi… Allez, dis-moi…
– Non. Toi, dis-moi… Où es-tu ?

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