Chambre noire à rayures

La mousse s’enfonce ouateusement sous ses semelles fines. Ici, des pâquerettes en collerette amidonnée de rose font la nique aux fragiles violettes. Là, des primevères sauvageonnes écrasent l’herbe verte de leurs couleurs tendres et pastelles. Soulevant les branches des forsythias jaunes d’éclats, Scribe slalome entre tout ce printemps. Elle rêve de pieds nus, de peau humide et de soupirs. Elle voudrait déjà être dans cette chambre rayée. Avec lui.

Sa main caresse son sexe. Son geste est d’une lenteur hypnotique. Assise en face, elle mate, cuisses écartées. Scribe ne se touche pas, non, elle le regarde. Il est beau. Il est beau dans ce moment intime. Impudique. Elle le giflerait bien jusqu’à éclater sa lèvre pour sucer son sang. Mais elle le regarde seulement.

  • – Tu es un pornographe.
  • – Je pense à toi.
  • – Tu es un pornographe.

Sa voix est sourde.

  • – Tu l’es tout autant.
  • – Je te déteste. Je te hais. Je te veux.
  • – Chut!

Ses doigts enserrent son sexe juste comme il aime, son poignet imprime un rythme paresseux. Elle le déteste. Par instant, il mouille son index et le descend vers son gland. Sardonique, il la fixe en souriant et entame sa course érotique. Elle le hait. Alors, elle revoit ses propres gestes sur cette couronne dont elle connaît le moindre relief. Sa bouche se tord. Elle mord sa lèvre, l’intérieur de sa joue. Merde. Merde. Merde.

  • – Vraiment envie de jouir de toi.
  • – J’ai envie de jouir de toi. J’ai envie de jouir par toi. J’ai envie de jouir pour toi.
  • – Sur tes seins. Sur tes fesses. Sur ta jolie chute de reins. Dans ta gorge, au plus profond. Entre tes cuisses, au plus profond de ta chaleur. Entre tes fesses moites, au plus profond de toi.
  • – Par saccades. Je veux te goûter, te savourer.

Des jets laiteux imaginaires blanchissent sa vue.

  • – Te tuer un instant.
  • – Te voir mourir et renaître.

La minute suivante, il est debout et s’approche vers elle, conquérant. Déjà, Scribe entrouvre les lèvres. Il glisse, glisse dans l’orifice humide. Elle se repaît enfin de cette fellation tant attendue. Dans ses cheveux, il crispe ses doigts. Un peu plus quand ses paumes frôlent ses fesses musclées.

  • – Bon sang. Laisse-moi être égoïste…

Ensuite, il l’allongera si lentement qu’elle songera à le griffer. De grands sillons écarlates et vermillon. Puis, il plongera en elle en prenant tout son temps, jouant à baiser son vagin de son gland pour mieux reculer et la prendre. Profond. Elle mordra son sourire et léchera son sang. Elle adore. Il fourrera et sa langue et ses doigts dans sa bouche. Elle gémira sans aucun doute. Surtout quand il l’invitera à s’empaler sur sa verge, façon sodomite. Ces jeux, leurs jeux, dureront des heures.

Le rouge-gorge s’envole. Scribe suit son vol rouge et brun qui secoue un jeune arbuste avant de se poursuivre un peu plus haut. « Tu étais loin, si loin » lui a-t-elle avoué. « Maintenant, tu es si présent. Je te sens brûler. » « Ne repars pas, pas si loin, pas maintenant » lui a-t-elle tu.

C’est à toi seule que je m’adresse. J’en rougis, les yeux plein de malice.
La chambre sera noire. Et tu devras t’occuper de ma croupe dansante. Mon cul t’appartient.

Le soleil était chaud hier. Le printemps avait explosé alors qu’elle était assise sur un banc isolé, dans un parc, ses deux amants au bout de ses doigts. Des oies aboyaient quelque part, derrière. L’Homme à la Lampe était aussi le maître de ses clés. Il ouvrait ou fermait les portes à sa guise. Il était le seul à qui Scribe accordait totalement sa confiance. Et Dam ? Dam ? Elle l’apprenait. Elle n’aimerait pas que l’élastique de leur Jokari se casse. Non, elle n’aimerait pas du tout du tout. Mais elle ne voulait pas le violer. Pas comme ça.

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