N’oublie pas d’être heureuse de Christine Orban

Extrait :

Ma mère disait : « N’oublie pas ton chapeau. »
Mon père disait : « N’oublie pas d’être heureuse », et la recommandation valait en toute occasion. C’était à la fois plus simple et plus compliqué : attraper le bonheur comme un gilet dans un placard. Trop impalpable, trop indéfinissable, en cela il ressemblait au sommeil qui ne venait pas si on y pensait.
Fifi avait une solution bien à elle, la vie n’était envisageable qu’à condition « d’être mince et d’habiter Paris ».
Une fois à Paris, les conditions s’enchaînaient toutes aussi surprenantes les unes que les autres. Parmi les plus saugrenues et en première position, elle avait trouvé : la nécessité d’être snob.
J’ai toujours rêvé d’être snob.
La première fois que le mot « snob » a traversé mon esprit, c’était sur la plage de Pont-Blondin, un petit village près de Fédala, après l’avoir entendu sans le comprendre de la bouche de notre cousine Fifi.
Snob résonnait comme un de ces noms de chien que mon père affectionnait, un nom court, autoritaire, qui claquait comme un ordre : « Snob, au pied », « Snob, couché. »
Snob aurait pu convenir à notre nouveau braque allemand, si le calendrier n’avait exigé un nom qui commence par la lettre P.
Mon père, qui avait un certain esprit de contradiction, décida d’appeler notre chien : « Plouc ».
C’est ainsi que je devinai que Snob devait être le contraire de Plouc.
La différence entre les habitants de Fédala et ceux que Fifi appelait « snobs » devait être aussi criante qu’entre ses souliers de marque cousus main et des godasses vendues derrière les planches pour quelques dirhams.

Résumé :

Marie, – surnommée Marie-Lila par Fifi la cousine germaine de sa mère -, rêve de partir vivre à Paris et d’abandonner son village Mohammedia, ex-Fédala. Elle aimerait que sa meilleure amie Fiona la suive. « Si tu pars, je t’attendrai parce que tu reviendras… » « Je ne reviendrai pas… » « Tu vas nous abandonner parce que tu crois qu’ailleurs c’est mieux. Tu es comme ces voyageurs dans le désert qui s’épuisent à courir vers une flaque qui n’existe pas. » Pourtant, Marie ira rejoindre Fifi à Paris. Le choc sera rude.

Emaillé d’anecdotes plaisantes et mélancoliques, N’oublie pas d’être heureuse, oscille entre la confrontation d’une jeune femme de dix-huit ans avec Paris et le parisianisme aigu de certains  Parisiens et de nombreux flash-back qui racontent son enfance préservée dans un petit village marocain de bord de mer. Fortement inspiré par les souvenirs d’enfance de l’auteur, Christine Orban a grandi à Casablanca, ce roman tente avec simplicité de raconter la recherche du bonheur que chacun porte en soi. Pourtant, pour le trouver la recette semble évidente : il suffit de ne jamais oublier d’être heureux !

N’oublie pas d’être heureuse, Christine Orban, Albin Michel

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