Obscura, quand un thriller devient une œuvre d’art

Après le succès de Pavillon 38 (en cours d’adaptation pour le cinéma) et Caïn et Abel, deux thrillers contemporains dans lesquels une psychiatre se retrouvait aux prises de fous dangereux, Régis Descott a remonté l’histoire et surtout l’histoire de la psychiatrie. Cette fois, l’auteur a situé son intrigue au XIXe siècle.

A cette époque la psychiatrie n’en était qu’à ses balbutiements : Charcot et les aliénistes ne connaissaient pas les psychotropes. A part les bains prolongés dans des baignoires fermées et beaucoup de psychologie, aucun remède ne pouvait venir à leur secours et encore moins à celui de leurs patients.

Il a fallu de nombreux mois de recherches sur la médecine et sur la dégénérescence à Régis Descott pour qu’il puisse nous livrer ce chef-d’œuvre. Encore fallait-il qu’il soit aussi passionné par la peinture et la photographie. Car il s’agit bien de passions et de créations artistiques dans ce roman, Obscura.

Quels rapports existe-t-il entre la création d’une œuvre d’art et la folie ? Pour le découvrir, le génial Régis Descott a choisi d’utiliser deux célèbres tableaux de Manet : Le déjeuner sur l’herbe et Olympia.

Le livre :
Avril 1885. La gendarmerie d’Aix-en-Provence est appelée : dans une bastide inoccupée depuis plusieurs mois, deux femmes venues y faire le ménage avant l’arrivée des propriétaires y ont découvert des cadavres bizarrement installés. En vérité, le ou les meurtrier(s) ont cherché à représenter le sulfureux tableau de Manet, Le déjeuner sur l’herbe.
A Paris, le jeune médecin, Jean Corbel, a choisi d’aider les laissés-pour-compte. Tous les jours, il tente de les soigner de la syphilis ou de maladies pulmonaires. Un soir, Marceline Ferrault, une ex-prostituée, lui demande de l’ausculter. Il tombe rapidement sous le charme de la belle qui ressemble de façon frappante à sa compagne, Sybille. Marceline s’étonne de découvrir dans le cabinet du médecin, une reproduction de l’Olympia de Manet. Corbel la peinte de mémoire en utilisant Sibylle comme modèle. C’est à ce moment qu’il constate que Sibylle et Obscura sont les sosies du modèle de Manet, Victorine Meurant. La jeune femme lui raconte qu’un homme a voulu qu’elle pose nue sur un sofa, comme sur la peinture. Le client avait même invité une autre prostituée, Yvette la Martiniquaise.
Les jours suivants, plusieurs filles de joie disparaissent. On en retrouve mortes par inhalation de gaz carbonique, installées comme sur Le déjeuner sur l’herbe. Alors que la police semble se désintéresser de l’enquête, Corbel rend visite à son ami Gérard qui est lui aussi amoureux de Sibylle, l’actrice. Assistant d’un célèbre aliéniste, le docteur Blanche, celui-ci exerce dans un hôpital qui ne reçoit que de riches malades. Ne faut-il pas avoir perdu la raison pour considérer la mort comme une œuvre d’art ?
Un soir, Sibylle ne rentre pas du théâtre. Désespéré, Jean Corbel tente de percer les mystères d’un esprit malade mais c’est Gérard qui découvrira l’identité du tueur.

Obscura, la psychiatrie naissante, l’impuissance de la médecine, la peinture et la confection des couleurs, l’utilisation du daguerréotype, la folie, des scènes magistralement décrites comme si l’auteur avait peint son roman, tout est réuni ici pour que le lecteur plonge avec délice dans les méandres d’une intrigue haletante. Du grand, du très grand Descott.

Obscura, Régis Descott, JC Lattès 350 pages 20 €

Pas de commentaire

Poster un commentaire