Sexe intentions

Les boules jaunes des pissenlits se balancent langoureusement dans le soleil matinal. Il lui aura donc fallu de longues minutes pour écrire ce mail. Il lui en aura fallu d’autres encore pour avoir le courage de le lui envoyer. Elle a besoin de pousser la porte, ça résonne trop ici sans lui. Ça l’étouffe.
Plus loin dans le jardin, les cassissiers croulent sous le poids de leurs fleurs, le forsythia a des feuilles vertes qui tranche sur son jaune d’or, les chatons des bouleaux disparaissent pour laisser place au feuillage tremblant dans l’air encore frisquet, le mélèze dresse fièrement ses aiguilles neuves vers le ciel azuré. Fuck ! Elle l’a dans la peau, c’est clair. Satriani joue pour elle seule et toujours elle écrit. Bientôt, elle sera partie.

Scribe rêvait de le baiser comme une catin, debout sous une porte cochère. Il songeait à une vieille grange à la porte lourde que l’on pousse le cœur battant et le cul en feu. Il racontait les odeurs qui remplissent les narines jusqu’à ce que les mains osent. Il disait son envie d’être fouillé là avec cette angoisse qui lui vrillerait doucement la tête : quelqu’un pourrait les surprendre. Et elle souriait, en plein accord.

La nationale glisse et Scribe écoute encore Joe. Est-ce qu’il est conscient des marques qu’il a laissées sur elle ? En elle ?  *Rubina. Elle l’imagine dans cette chambre d’hôtel ajustant une tenue pour la jeter et en reprendre une autre. S’habiller à nouveau, prendre la pose devant le miroir, se demander si ce tissu va lui plaire, encore hésiter. Elle le voit boire un verre de vin, allumer une cigarette, onduler des hanches devant la glace, sourire, s’asseoir, se relever, marcher de long en large en crachant la fumée, regarder par la fenêtre en soulevant le rideau, boire à nouveau, se masturber, écraser sa cigarette, passer la tranche de sa main entre ses fesses, s’impatienter de son retard. Oui, elle le voit. *War. Fuck ! Dam, sors de ma tête ! Trouver un parking dans une ville inconnue n’est pas chose facile. Scribe s’énerve. Elle le veut. Terriblement.

Cette nuit, elle a rêvé de lui, allongé en travers de ses cuisses. Elle relevait sa jupette d’une main et claquait son joli cul, son autre main tenait sa queue. Elle arrêtait de le fesser pour caresser ses fesses et enfoncer ses doigts en lui. Et elle recommençait. Il mouillait comme une femme. Elle adorait son érection.
Ses talons frappent le macadam des trottoirs. Voici enfin l’hôtel. Quel est le numéro de la chambre déjà ? Enfin, elle ouvre la porte. Elle prend de plein fouet ses envies. Elle renifle son parfum et son attente impatiente mais avance, absolument guerrière. Le prendre d’abord. Direct. Fumer et boire ensuite. Jouer sous l’eau. Reprendre leurs jeux interdits. Encore et encore. Rôles inversés. Transcender cette baise aux fruits juteux. Oublier le reste du monde. Se concentrer sur leur animalité. Sur leur complicité de toujours. Balancer ses derniers tabous. Basculer avec lui. Ne plus savoir qui mène la danse. Jouir de ses orgasmes. N’être plus que sexe. Ne pas penser à Dam. Pas encore.

– Putain, tu es…
– Démoniaque? J’ai eu un bon professeur, chaman.

Cette fois, c’est elle qui a fermé la porte de la chambre. Sur le seuil, elle a hésité un instant. Son envie de lui était encore si présente. Si palpable. Elle lui a souri. Ils s’étaient encore dits tellement de choses. Avec leurs corps. Avec leurs âmes. Avec des mots aussi. Mais il avait deviné, comme toujours.
Dans la voiture, *The Crush of Love la plaque contre le dossier. Putain, Dam… Ne fais pas ça !

*Titres de morceaux de Joe Satriani

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