Zen attitude

Un écureuil roux plonge dans les primevères. Boule de poil pressée, il rase le forsythia et grimpe dans le vieux sapin. Sur la table, un énorme saladier est rempli d’œufs en chocolat au lait. Scribe n’aime que le chocolat noir. 85 %. Pour son anniversaire, elle lui a écrit « Ça ira. Tout va s’arranger. » Elle, cette femme, c’est sa mère. Petite fille, lorsqu’elle tombait – Scribe grimpait à la cime des arbres tout là-haut tout là-haut ou dévalait des pentes raides à vélo à toute blinde. Même pas peur !  – sa mère la consolait d’un « Ce n’est rien. Relève-toi ! Ne pleure pas ! » Ça endurcit son homme. Une femme aussi. Et dans la famille, on n’est pas des mauviettes. Scribe n’apprécie pas spécialement sa famille mais elle ne tuera pas sa mère. C’est sa mère. Il paraît. Et ce ne sont que des œufs en chocolat.

Assise sur le vieux banc aux pieds des bouleaux, la jeune femme se revoit enfant. Elle a six ans. A l’époque, elle fermait les yeux très fort en espérant que ses frères extra-terrestres viendraient la rechercher pour la sortir de ce foyer sordide. Ces cons, ils ne sont toujours pas passés ! Depuis, elle se méfie de tous les gens. Elle les observe. Parfois, elle les aime. Du bout du cœur d’abord. Elle teste. Parfois, sans qu’elle sache pourquoi ou, au contraire, elle le sait pertinemment, elle donne tout : le cœur, le corps et l’âme. Et si elle est flouée, Scribe tue. Direct.

Les branches jaunes du forsythia se balancent élégamment dans l’air déjà chaud. Des oiseaux gazouillent sans qu’elle reconnaisse leur chant. Pas envie. Des abeilles butinent de fleur en fleur. Il faudrait arracher les mauvaises herbes. Qui, un jour, a décidé que ces herbes étaient mauvaises ? La rhubarbe frise au-dessus de l’herbe grasse. Personne n’est venu déplanter les arbres à déplacer. Personne n’est venu effectuer les travaux de cette grande maison devenue vide. Elle l’aperçoit qui descend vers elle. Bientôt, son silence va être violé. Direct. Sa perruque qui brille synthétiquement au soleil témoigne de son deuxième cancer. Son moral est au beau fixe depuis lundi soir. L’oncologue a dit. Scribe le sait. Elle téléphone plus souvent quand elle sent la chute proche. Elle la fait rire. Sa mère si peu mère. Et elle, si peu sa fille. Dès l’adolescence, Scribe l’a appelée par son prénom. Elles jouent si bien à faire semblant toutes les deux. J’t’encule ta race, cancer de fiotte ! Et Scribe s’étonne d’être finalement aussi calme. Comme détachée de tout.

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