La nuit je mens

Photographie de Ernesto Timor

Photographie de Ernesto Timor

Depuis plusieurs jours, Scribe s’énerve calmement. Elle péterait bien les deux rotules de ce conseiller mais pour cela, il faudrait qu’elle arrive à le débusquer. Elle répond vertement à des attachées de presse, plaisante avec un autre qui la gratifie d’un « j’avais oublié comme tu étais drôle ». Espèce de clown !

L’air embaume de lilas. Les bosquets sont d’un vert cru. Ou rouge bordeaux. Ça sent déjà l’été. Surtout quand la jeune femme regarde la programmation des Francofolies de la Rochelle. Bashung chante La nuit, je mens. Et Scribe écrit. Dans son histoire, de l’amour, des meurtres, des rires, des larmes, des blessures aussi grandes que la faille de San Andreas, aussi profondes que la fosse des Mariannes. La vraie vie, quoi.

– L’autre jour, je me disais que les plus belles lettres que j’avais pu écrire étaient sans doute celles qu’il avait reçues et aussitôt effacées. Ou celles que je ne t’écrirai jamais. S’en souvient-il ? Là, je vois son sourire. C’est rare, tu sais. Son cul pommé est plus derrière mes yeux que son visage. Pourtant, à ce moment, je le vois. Je vois ses yeux. Je devrais retourner en ville et retourner le bureau de l’hôtesse d’accueil. Mais je laisse une chance encore à ce connard. J’attends le livreur de glaces et j’irai faire une balade. Je ne te propose pas de m’accompagner ? Tu n’as pas envie de te faire sucer, là ? Par moi, je précise. Parfois, je pense que je te parle trop. Notre complicité ressemblerait presque à celle de Valmont et de la Merteuil, tu ne trouves pas ? Je te parlerais trop quand j’évoque un amant ou un homme en passe de le devenir ? Est-ce que tu te poses la question, toi, quand tu m’avoues l’avoir préféré elle pour jouir dans sa bouche ? Aucune retenue, tu as ! Tu ris. J’aime ton rire, je te l’ai dit ? J’aime tes regards. Ton sexe. J’aime son goût aussi. Je l’adore en vrai. Je prendrais bien une photo de ton bas ventre. En érection ou pas. Avec tes mains tout près. J’aime tes mains aussi. Et une de son cul. Ou carrément de toute sa silhouette. Mais de dos. En 30×30, ça devrait être magnifique sur mes murs. La nuit, je mens. Ça donne des rêves en technicolor. Ou des champs remplis d’hommes de fers, les bras en croix, reliés les uns aux autres par des câbles électriques. T’accaparer. J’aimerais bien. Pour une heure. Ou dix heures. Moi aussi, je veux te posséder et te laisser ivre et hébété. Marqué au fer rouge. Tu veux un café ? Je parle trop. Qu’est-ce qu’il fiche ce livreur ? Je n’ai pas envie de décrire des scènes X. Je veux du noir. Que le lecteur se demande pourquoi ils en sont arrivés là. Putain, tu peux pas m’aider à écrire quelques scènes ? Je veux entrer dans ta plume. J’aimerais te voir sucer un homme. En enculer un aussi. Tu viendrais à ce concert avec moi ? J’ai envie de placer les premières scènes que tu as lues à la fin. T’en penses quoi ? J’ai envie de voir la mer. Je veux les vagues de l’océan. Pas toi ? Ah ! Le voilà…

Pas de commentaire

Poster un commentaire