Transports de fonds d’Odile Barski

Odile Barski est scénariste. Elle a signé notamment certains des plus célèbres films de Claude Chabrol : Violette Nozière, Masques, Le Cri du hibou, Au coeur du mensonge, L’Ivresse du pouvoir et  Bellamy en 2009. Elle travaille aussi avec André Téchiné (La fille du RER), et a des projets avec Claude Miller. Elle est l’auteur de plusieurs romans chez Robert Laffont, Comment sera la fin aux Editions Joëlle Losfeld, Et tout à coup ce rouge, Lecomte Thérèse et Transferts de fonds aux Editions du Masque.

Extrait :
Un ciel provençal se reflétait dans le miroir multiface où Carol Wagner agrafait un collier de perles noires.
Le visage déjà en sueur, elle s’épongea avec un Kleenex et utilisa son compact Chanel pour la troisième fois de la matinée. Dans huit jours elle soufflerait quarante-cinq bougies sur un gâteau. Combien de temps lui restait-il ? Souvent elle se posait la question. Après toutes ces années, en dépit de cette fameuse réussite et de la jalousie ambiante, avait-elle vraiment prouvé de quoi elle était capable ?
Elle brossa une longue crinière rousse, l’entortilla sur sa nuque en chignon serré, examina les cheveux accrochés à la brosse. Vingt, peut-être quarante. En dessous de la limite alarmante. Carol enfila un pantalon sur son body et choisit une paire de chaussures à semelles compensées. La seule façon de se grandir quand on a le cul bas. Elle mesura l’effet magique de cette triche simple renvoyée par le miroir en pied de la salle de bains. Sa silhouette longiligne fit quelques allers-retours dans la chambre et s’immobilisa devant une photo encadrée sur la cheminée. Carol porta la main à son collier, respira longuement en fermant les yeux, on entendit un chien aboyer et elle revint s’asseoir à la coiffeuse de style néobaroque Côté Sud comme le reste du mobilier.
Le portable en mode vibreur se déclencha entre les pots de crème antirides dernière génération, conditionnés sous le label Laboratoires Wagner. Carol vit le numéro affiché sur l’écran de son Samsung et prit la communication. Sa visiteuse attendait devant le portail électronique. Ave un quart d’heure d’avance… C’était plutôt bon signe.
Le cœur léger, elle traversa la maison, le parc, se félicita d’avoir perdu trois kilos et actionna l’ouverture automatique. La jeune fille qui se présentait portait une robe à fleurs bleues et un sac en toile en bandoulière. Ses yeux plissaient dans la lumière. Elle était plutôt jolie.
– Florence Duby ?
– C’est moi.
Physique anodin, talons plats, ni maquillage ni vernis à ongles. Elle serait parfaite pour l’emploi. Carol avait l’habitude. Qui pouvait faire quoi. Il lui fallait une seconde pour le dire. Un coup d’œil suffisait.
Florence Duby entra dans son sillage odorant. Un extrait de jasmin. Carol le recevait de Goa, une provenance mythique et très avantageuse financièrement. Les soieries, les lampes, la vaisselle, tout venait de là-bas pour trois fois rien. Ça donnait à la maison une petite allure retour des Indes sans prétention. Carol affectionnait la formule. Tenant à préserver le mystère de son intimité, elle réservait la visite guidée aux personnes dont les noms circulaient dans les dîners parisiens et qu’elle mettait automatiquement sur la liste.

Résumé :
Ariane Messidor se rend pour la première fois chez les Wagner pour démêler une sordide affaire de harcèlement sexuel. Le jardinier accuse en effet son patron d’abuser de sa jeune sœur. Ariane est intriguée par l’atmosphère qui règne dans cette belle maison cossue et par la personnalité de Carol Wagner, riche héritière et propriétaire d’un laboratoire pharmaceutique, qui veut à tout prix protéger son mari. Revenant pour les besoins de l’enquête, le lieutenant Messidor remarque la présence de deux jeunes enfants, adoptés, et d’une jeune femme qui semble être leur nurse. Bientôt la jeune femme disparaît, le jardinier revient sur sa plainte et l’ambiance chez les Wagner s’alourdit de plus en plus. Quels terribles secrets peut bien dissimuler la trop lisse et chic Carol Wagner ? Ariane devra fouiller le passé, enquêter sur la fortune rapide de la famille Wagner et comprendre ce qui est arrivé à la jeune fille qui sourit au côté de Carol, telle une sœur, sur une photo placée bien en vue sur la cheminée… Elle découvrira qu’intérêts financiers et amitié font rarement bon ménage. Heureusement, Marquez, son amant peintre, l’aidera à résister face au cynisme des puissants.

Avis :
Odile Barski a un don inné pour brosser les portraits de ses personnages. Les couleurs lumineuses de la Provence, lieu où se déroule l’action, s’opposent au côté sombre de la deuxième affaire sur laquelle va enquêter le lieutenant de police, Ariane Messidor, ce qui en accentue les ressorts effroyables et cyniques. Un grand polar. Sans aucun doute.

Transferts de fonds, Odile Barski, Editions du Masque 252 pages 16 €

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