Trois Andy Vérol sinon rien ! Et hue hue !

Pour tout internaute qui se respecte, c’est-à-dire curieux de tout ce qui peut se publier sur le Net, Andy Vérol est un auteur incontournable.

Misanthrope, il anime depuis 2002 le collectif Hirsute qui accueille de nombreux écrivains en rupture avec la littérature traditionnelle tels que Arturo B, Vidal ou encore Lucie Ferraille. Punk, ex-raver et ex-chroniqueur musical, Andy Vérol est aussi un pamphlétaire au style corrosif et lapidaire comme un intervieweur hors pairs (interviews de l’écrivain Maurice G. Dantec, des groupes High Tone, La Phaze ou Diabologum, etc.). Une de ses nouvelles, Mort dans Marcelle, a été très remarquée lors de sa publication au Québec.

« Nier le monde, déformer les idées reçues, emmerder tout, tout le temps, éternellement, merde ! Je m’y engage solennellement devant vous, quidams affamés ! » affirme-t-il sur son blog. Ami(e)s de la tranquillité et du train-train formaté et prédigéré, surtout, n’achetez pas Vérol !

On pourrait qualifier sa littérature de hardcore qu’on serait encore loin de ce qu’est réellement le style vérolien. Lire Vérol, c’est se prendre en pleine gueule ce que l’humain a de plus dérangeant en lui. Pas toujours agréable pour celles et ceux qui croient encore que l’Homme est un total et inoffensif Bisounours. Mais ô combien jouissif pour les autres.

Roman : Les derniers cow-boys français

*Résumé :

Un flic se fait virer par sa femme et cogne sur de sales petits vendeurs de shit. Dégoûté, il démissionne pour se jeter dans les bras d’un gourou, un énorme Black dont il tombe éperdument amoureux. Ensemble, dans une virée sans issue, ils vont rentrer dans un infernal cycle de décadence, physique et morale.

*Extrait :

Elle s’est barrée depuis une semaine
Mes pensées/gangrènes se juxtaposent aux envies de sexe en toute liberté. La désolation. Les trahisons. Mettre des mots les uns derrière les autres. Ma tête est capharnaüm. Naturellement la flasque est vide et empeste. Ces « dosettes » de cognac sont infectes.
Dans sa Touraine natale et sereine, elle s’est planquée, comme une chienne qu’elle est, avec mon gosse. Ma vie. Mes meubles. Tout. Tout ce fatras et ces vides vertigineux, c’est mon chez-moi de trentenaire célibataire. Fraîchement célibataire… Les scénarii actuels des pires navets télévisés ne proposent pas d’histoires grotesques : la pétasse se casse avec tout le bordel du ménage parce que son connard de Jules la gonflait avec ses « chui qu’une merde ».
Balbutiements de la mémoire. Avant que mes nerfs ne se déchirent, j’ai pris une journée de récupération pour zoner sur mon matelas, mes draps froissés et mon oreiller jauni par mon cuir chevelu. Qui ne l’aurait pas fait ? Je sors d’un jour et j’entre dans une longue nuit. Je crois. Le fait que chacune de mes réflexions soit emplie de « je », de « moi » et de « moi-même » indique que, cette fois, je suis en phase de sortie de l’en-monde.
Tout me préoccupe. L’angoisse monte rapidement dès qu’il me faut prendre la moindre décision…
Justine s’était approchée de moi, le regard en velours, l’amour, les mains manucurées, les vêtements de dame sexy et une voix un peu rauque. A 21 ans, elle avait la voix d’une vieille fumeuse. Et c’est aussi sans doute ça qui me fit craquer, alors. Ses cheveux noirs très longs tombaient en cascade jusqu’à la cambrure ultime, le dessin/toboggan de ses fesses rondes. Les souvenirs sont intacts. Très clairement, et très honnêtement, j’ai certainement les souvenirs de photos d’elle. Pas des images en mouvement de son corps, ses mimiques. Simplement le souvenir de sa gueule figée sur les photos : « Avec maman », « A la plage avec Franck », « Ça c’était dans les Landes, qu’est-ce qu’on s’est marrés », « Là c’était un délire à la piscine municipale avec Martine et Lucie, tu sais les copines de celui qu’on appelle d’Artagnan parce qu’il… », « Là on venait de s’engueuler et on s’était réconcilier au supermarché dans le rayon charcuterie », « Ah tiens, le mec là, c’est celui qui a essayé de se taper Justine », « Ouais Berlin c’est une super ville, sauf qu’il faisait – 12° et que j’avais un manteau de merde »… Des souvenirs en tonnes. L’encombrement inutile de ma boîte crânienne. Il ya a peu, on avait « investi » dans un appareil photo numérique Canon. Le nec plus ultra de l’appareil aux millions de pixels, à la mise au point facile, et tout le tralala dans la gamme de prix 400-700 euros. Avant ça, nous avions un argentique avec lequel nous photographions les moments ensemble, les instants magiques, les phases clés de notre vie de couple. Putain… ça pue. J’y pense que ça pue. Pour ne pas se planter, Justine et moi avions acheté des magazines de consommateurs, ces nouveaux supports d’information essentiels pour vivre correctement notre existence urbaine/classe/moyenne/on/ne/sait/plus/où/mettre/de/la/tête/dans/les/rayons.

*Avis

Andy Vérol présente son livre comme « une non-road story bousillée par mon incapacité à planter le décor ». Son éditeur met en garde le lecteur en le prévenant de faire attention que c’est du hardcore, que c’est du méchant, du mauvais, du sale, du pas correct, du nihiliste, le genre de livre à ne pas donner à votre belle-mère ni à votre supérieur hiérarchique, à moins de chercher un motif de licenciement pour faute grave. Alors ?
J’avoue avoir ri en lisant la 4ème de couverture. Sont doués en teasing ces deux lascars, ai-je pensé. Quels aguicheurs ! Et j’ai lu. A m’en donner le tournis, à presque gerber quand cet ex-flic trop sensible pour être un « bon flic » gerbait tout son mal être au fond de chiottes infectes, quand son dégueulis de drogué coulait sur son menton alors qu’il descendait ses ex-collègues.
Au-delà de son écriture rentre-dedans, Andy Vérol dénude sans concession notre société en nous offrant un éclatant strip-tease (on y revient). Chapeau bas, Monsieur.

Biographie critique : Manu Chao le clandestino

*Extraits :

Préface par Damny, du groupe La Phaze

« Où l’on nous parle de patience, d’apprentissage, de feu sacré, d’action… et d’harmonie ! »

[Je ne vous dirais pas que Manu Chao est un immense artiste, ni que son parcours parle pour lui et impose le respect même à ses pires détracteurs.
Je ne vous raconterai pas non plus que depuis trente ans c’est une vraie bête de scène, ni même qu’il est un des rares mélodistes au monde capable d’écrire et de chanter des chansons si simples en apparence qu’on croit dur comme fer qu’elles n’ont été écrites que pour nous.
Non, tout ça n’aurait pas plus d’intérêt que de savoir comment j’ai rencontré Manu Chao et ce que l’on apprend à ses côtés dans la sueur, le bruit, dans l’alcool, la fête, le feu des concerts et des esprits en surchauffe.
Manu Chao est une centrale atomique, un mouvement perpétuel, il est la force et la gravité, le gage d’un défi permanent qui joue les montagnes russes.
Manu Chao est un tambour galicien qui bat la mesure jusqu’à t’en faire péter le crâne, jusqu’à t’en faire saigner les poignets, et ça fait « bom » !… et ça fait « bom » !
Manu ne s’apprivoise pas, ne se décrypte pas non plus, c’est un drôle d’oiseau (volage ?) qui ne tient pas en cage.
Manu Chao n’est pas là où on l’attend puisqu’il en a décidé autrement, puisqu’un plan trop bien préparé, c’est un plan qui va changer, au dernier moment, quoi qu’on en dise.
Manu Chao veut casser la routine, briser les convenances, secouer la poussière, à Rio, Recife, Barcelona, Brooklyn, partout j’ai vu la magie (noire ?) opérer sa folle tournée.
A Santa Teresa ou ailleurs peu importe, Manu Chao laisse des chansons qui traîneront longtemps au fond de la classe comme pour redonner du courage à tous les cancres.
Manu Chao malaxe, bien plus qu’il ne recycle, une histoire populaire avec une langue bien à lui et des mots bien à nous. Point barre.
Manu Chao poursuit avec ferveur le rêve qu’il fait tous les jours, un truc sans passeport que la musique procure encore bien au-delà de cette époque neurasthénique et abstinente.
Manu Chao disparaît un jour sans crier gare… longtemps parfois… peut-être une façon de nous manquer, sa manière de se protéger… desaparecido, il nous avait prévenus.

Manu Chao est mon ami.] Damny

Post- préface :
… et de souligner la rigueur de l’auteur Andy Vérol qui, au prix d’être un véritable casse-couilles, vérifiera cent fois ses sources et évitera soigneusement l’écueil du fan de base afin d’apporter un témoignage sincère et personnel auquel je suis également fier d’apporter ma maigre collaboration.

[Avant-propos
Si j’avais le portefeuille de Manu Chao, sans doute n’écrirais-je pas la biographie de Manu Chao.
Allons, allons, il ne faut pas le prendre comme ça. Il s’agit surtout pour moi de te faire avancer dans l’histoire artistique d’un type rare.
Je te vois venir avec tes gros sabots.
« Manu Chao, il s’est embourgeoisé, et il fait que recycler ce qu’il faisait au début de sa carrière. Et puis, depuis qu’il n’est plus dans la Mano, c’est plus pareil ! »
Tu n’as pas tort sur ce coup-là… mais en même temps, tu as tort…]

*Avis :

Je n’ai jamais vraiment apprécié la lecture d’une biographie. Apprendre que bébé un tel renommé portait des culottes en dentelle ? Je m’en moque comme de mon premier biberon. Hé ho, je vous vois venir. Pas de raccourci, je vous prie. Je n’ai pas écrit que Chao portait des culottes en dentelles étant bébé. Vérol non plus.
Honnêtement, je n’ai pas appris grand-chose sur la vie de Manu Chao. En fait, j’en ai plus appris sur les personnes qui ont pu le côtoyer de près ou de loin. Mais après tout, n’est-ce pas le côté discret du personnage qui fait que ? Andy Vérol l’a décrit exactement comme il est, loin de l’altermondialiste naïf que certains voudraient qu’il soit, un artiste cosmopolite qui tient ses promesses, d’une énergie monumentale, « vigilant et précautionneux » et qui a compris que « le monde est notre camion sauvage ».

Biographie critique : Noir Désir le vent les portera

*Extrait :

[Avant-propos
J’ai toujours eu l’impression de n’être qu’un sale petit con juste bon à faire le malin, ici, là, dans les mouvements vraiment undergrounds, histoire de dire que j’y suis et qu’eux, entend la majorité, n’y seront jamais.
Je sais que tu es interdit par cette première phrase, mais fais un effort, une seconde, je vais tracer un sillon, celui qui rendra à tous les « écouteux » de Désir Noir un semblant de dignité. Je suis comme toi, esseulé, un peu naze, bien incapable de porter le moindre avis. Toi et moi avons envie d’y faire un tour chez eux, ces quatre mecs de Bordeaux… Bordeaux, cette ville, j’ai assez peu de choses à en dire.
Mais puisqu’il s’agit de commencer quelque part, je vais introduire cette jolie tambouille sur l’un des plus grands groupes de rock authentique français de ces vingt dernières années… Excessif. Oui je suis toujours dans un excès et une arrogance ostentatoire concernant mon avis sur la « zic »…
C’est en 1991 que j’ai « vécu » ma première et unique expérience physique avec un groupe de quatre p’tits mecs menés par un « beau gosse » (disent toujours ça les filles), qui de fait, n’avait de cesse, en sensuel qu’il était, de piquer toutes les filles avec qui l’on essayait de sortir, nous les keupons trop stylés, trop puants, trop vulgaires, trop jeunes aussi.]

[Dans Noir Désir, il y a tout ça à la fois. L’égocentrisme du leader, les abus, cette façon de se sentir porté par les riffs furieux des guitares, le rythme soutenu d’une batterie… Ce groupe lâchera les morceaux qu’il voudra, les textes qu’il choisira, et peu importe si certains ne préfèrent au fond que regarder les merdes qui polluent la vie privée, Noir Désir est un groupe qui produit de la musique, des morceaux. Il n’est que ça pour beaucoup et c’est déjà ça.]

*Avis :

Wow ! Quelle belle écriture !
Ecrire la bio d’un groupe tant décrié ces dernières années par des médias de tous poils et surtout par des sans-couilles rapaces, il fallait oser. Sincèrement, je pense que la chose aurait été impossible si Andy Vérol n’avait pas éprouvé du respect pour Noir Désir, le plus grand groupe de rock français depuis Téléphone ou Trust.
Andy Vérol a passé à la loupe l’itinéraire du groupe et de son leader, Bertrand Cantat. Il n’a omis ni les doutes de Noir Désir, ni ses succès artistiques et commerciaux, ni ses engagement citoyens et politiques, ni le goût de l’amertume qui les rend si humains. Humains, trop humains.
A la fin de la biographie, Andy Vérol cite une phrase d’une lettre d’Antonin Artaud adressée à Jacques Rivière : « Il ne faut pas trop se hâter de juger les hommes, il faut leur faire crédit jusqu’à l’absurde, jusqu’à la lie. » Comprenne qui voudra.

Les derniers cow-boys français, Andy Vérol, éditions Pylône 16 €

Manu Chao le clandestino, Andy Vérol, éditions Pylône, 19 €

Noir Désir le vent les portera, Andy Vérol, éditions Pylône 19 €

Andy Vérol, Hôpital Psychiatrique Virtuel
Les écrits d’une petite frappe de la littérature
 

Myspace Andy Vérol 

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