La Bourse ou la vie de Laurence Biberfeld

La collection Mona Cabriole est une série de polars rock dans Paris :
20 arrondissement, 20 romans, 20 auteurs.

Plusieurs auteurs participent à cette aventure littéraire, des auteurs de romans noirs comme Antoine Chainas, Marin Ledun, Laurence Biberfeld, ainsi que des artistes de la scène musicale tels qu’Arthur H, Nada, Arman Méliès et Joseph d’Anvers qui a mis le point final au sien il y a peu (cf ses statuts facebookiens).

Après avoir vécu très jeune dans la rue, Laurence Biberfeld est devenue institutrice. Aujourd’hui, elle se consacre entièrement à l’écriture. La Bourse ou la vie est son sixième polar.

L’histoire :
Paris, 2ème arrondissement. Aliocha aka Django, trader à la Banque Générale, trouve dans son lit le cadavre d’une jeune asiatique. Ce sont Alzheimer et Parkinson, les hommes de main du président Klaus, qui l’y ont mise.
Jingyi, la jeune Chinoise sans-papiers, s’infiltre dans un atelier clandestin pour enquêter sur les réseaux de prostitution du Sentier. Karine, une collègue de Mona Cabriole, est ravie : cette enquête va augmenter l’audience de leur journal virtuel, le Parisnews. La très belle Mona Cabriole tombe amoureuse du très beau Django.
Dans les rues du 2ème arrondissement de Paris, le destin sera d’une féroce férocité.

Extraits :
[…]
Django gravit les marches sans toucher aux interrupteurs. Dans la pénombre de la cage d’escalier, il s’imagina être un chat, pattes de velours et oreilles dressées, un incognito rasant les murs. Sur le palier du deuxième étage, un hoquet de musique s’échappa d’un appartement, craché par la porte d’une chambre d’adolescent ouverte et aussitôt claquée :
*It feels like being married, she was too young to miscarry
She says « bye bye my childhood dream man »…
Il sortit la clé de sa poche et la glissa dans la serrure sans tâtonner. Il ne mettait jamais le verrou. Conneries. La clé lui servait juste à activer le pêne lorsqu’il rentrait chez lui. Il referma la porte et se dirigea vers la cuisine américaine, toujours dans le noir. Les yeux dilatés, il s’arrêta et écouta. Une odeur métallique et fraîche, ténue, flottait dans l’appartement. Il resta un moment immobile. Il se fiait à l’acuité exceptionnelle de son ouïe. Personne d’autre que lui ne respirait ici. Il aurait entendu le souffle retenu, le grincement sourd des os en tension, le tremblement des muscles. Il se détendit et ouvrit la porte du frigo. Dans le halo de lumière blanche, il dénombra une boîte d’œufs, un pot de crème fraîche, un bocal de cornichons, une boîte de Leffe, une salade verte et un sachet de harengs de la Baltique. Son cerveau enregistra, à l’arrière-plan, la forme étendue en travers du lit.
[…]
Ils rentrèrent à la péniche en taxi vers cinq heures du matin, ivres et aussi familiers qu’on peut l’être quand on goûte l’intimité de quelqu’un qu’on ne connaît pas. Dans le taxi, Aliocha embrassait tour à tour Clara et Mona. Il fut enchanté en découvrant la péniche. Tout en sirotant un dernier verre, ils se déshabillèrent sur la musique que Mona piocha au hasard, parce que, pour une fois, elle s’en foutait. Elle aurait pu faire l’amour sur la Danse des canards. Nico oscillait dans le brouillard montant de la Seine.
**… Take me now, baby, here I am
Hold me close, try and understand
Desire is hunger the fire I breathe…
Leurs trois corps formaient un nuancier subtil. Mona avait la peau la plus blanche, Clara la plus mate. La main mutilée était douce, il n’essayait pas de la faire oublier. Comment avaient-elles pu coucher avec d’autres ? Il aimait faire l’amour. Sans avidité, tranquillement, comme s’il devait ne jamais émerger de ce fleuve de sensations. Il sentait bon. Il ne mettait pas de parfum.
[…]

*Teenage angel, Addict, in Stones V2 Records
**Because the night, Patti Smith, in Easter Arista

Avis :
La Bourse ou la vie est librement inspiré de l’histoire de Jérôme Kerviel.
L’écriture de Laurence Biberfeld est d’une richesse stylistique époustouflante. Avec elle, le polar, ça décoiffe. Humour cinglant, dialogues percutants, dureté et efficacité, voilà ce qui compose La Bourse ou la vie. Ah non, il manque aussi la vision accrue du quotidien des rues parisiennes et le choix des chansons qui s’étend de Bruant aux Pink Floyd en passant par Piaf, Brigitte Fontaine, les Pixies, Aqme et les Babyshambles (entre autres).

La Bourse ou la vie, Laurence Biberfeld, La Tengo Editions 160 p. 7 €

1 Comment
  • Laurence Warot

    août 18, 2021 at 12:32 Répondre

    Laurence Biberfeld est une des plus grandes et lucides.

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