Cul corrections

Le paysage dégouttait de sueur froide ce matin lorsque Scribe avait ouvert ses volets. Le catalpa était devenu brun caramel brûlé et la clématite, noire. La jeune femme avait encore la tête dans le sac : pas assez dormi. Grangé avait occupé une grande partie de ses nuits dernières. Buéno et ses délires avaient été remisés à la tête du lit, au sol, à côté du livre de Keyes, Des fleurs pour Algernon. Un coup d’œil sur l’actualité et les mots de son ami Burkinabé lui étaient revenus en mémoire : « en France, vos informations ne sont que pessimistes. Vos journalistes ne savent que raconter le pire. »

Quelques heures plus tard, l’ourlet fuchsia des roses vert anis ressort plus vif sous les rayons d’un soleil qui s’accroche encore à l’été. L’album de Mika attend d’être chroniqué et, empilés de façon aléatoire, des romans désespéreraient presque d’être lus, prêts à se casser la gueule. Scribe est fatiguée.
La journée, elle tente de démêler sa vie.
La nuit, ses idées s’emmêlent.
Les dernières pages de son manuscrit lui paraissent pâles par rapport aux précédentes : elle ne réussit pas à cracher les scènes qu’elle voit dans sa tête. Tout du moins, quand Scribe se relit, le film qui se déroule sous ses yeux semble différent de celui qui vit en elle. Bordel ! Son comité de lecture personnel reste plus ou moins silencieux et personne n’est là pour lui piquer le cul ou l’aguicher en lui tendant une belle sucette.

Photographie de Stefan de Lay

Photographie de Stefan de Lay

J’allumerais bien une cigarette. J’avalerais bien un shot de Whisky.
Pire que Bukowski ! Pire parce que tu ne feras ni l’un ni l’autre. T’es trop bien élevée ! Ou trop conne… Et Paris, tu vas à Paris ?
Ta gueule ! C’est tout juste si j’ai le fric pour me payer l’aller-retour, je couche où ? Demande à tes Jules !
Ha ha. T’es une grosse maligne, toi ! Plutôt crever ! N’empêche, t’as pas l’impression que nous sommes revenues en arrière et que nous nous parlons comme au temps de l’adolescence ?
Ouais. T’es complètement barge !
Pareil !
Où est Julie ?
Ailleurs…
Et Dam ?
I don’t know.
Tu lui dis pour ?
Et pourquoi moi ? Je ne vois pas ce que je pourrais lui raconter qui pourrait l’intéresser.
Ton ressenti.
Ouais… mon ressenti. L’est en berne.
C’est ça ! Pas à moi ! Qu’est-ce que ça te fait, ces coups de fil en pleine nuit ?
Ça m’amuse. Ça m’énerve. Ça me met en position d’attente : je veux plus. Qu’il se mouille !
Tu as envie de lui ?
Oui.
Comment tu as envie ?
Tu ne veux pas une balance non plus ? J’ai envie de lui quand je pense à lui. Un désir fait de curiosités et de petites certitudes. Je me rappelle du goût de ses baisers et j’ai les jetons.
Oh ? T’as peur de quoi ?
D’être déçue. Je l’imagine plus bourrin qu’amant à l’écoute.
Fous-toi de ma gueule !
T’es pas drôle, tu sais tout !
Va à Paris !
Et j’occupe une chambre où ils défileront à tour de rôle ?
Dam en dernier. Pour te gorger de lui.
Ha ha. Et Julie juste avant ?
C’est toi qui vois.
Ou eux. Qui est le chasseur, qui est la proie ?
Eux et toi. Toi et eux. Bouge ton cul !
Et toi, bouge de là !

Photographie de Stefan de Lay

Photographie de Stefan de Lay

1 Comment
  • e.

    septembre 28, 2009 at 2:12 Répondre

    Le texte est magnifique, ce n’est pas une surprise.
    Quant à ces images…
    Je me pâme devant la dernière. Ce bustier blanc, ces chaussures, ce petit mouvement de la cravache. Ah je me mets immédiatemment à genoux sans réflechir aux conséquences….

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