Les heures souterraines de Delphine de Vigan

Delphine de Vigan est l’auteur du très récompensé No et Moi, paru en 2007. Les heures souterraines est son cinquième roman.

Extraits :

La voix traverse le sommeil, oscille à la surface. La femme caresse les cartes retournées sur la table, elle répète plusieurs fois, sur ce ton de certitude : le 20 mai, votre vie va changer.
Mathilde ne sait pas si elle est encore dans le rêve ou déjà dans la journée qui commence, elle jette un œil à la pendule du radio-réveil, il est quatre heures du matin.
Elle a rêvé. Elle a rêvé de cette femme qu’elle a vue il y a quelques semaines, une voyante, ou, voilà, sans châle ni boule de cristal, mais une voyante quand même. Elle a traversé tout Paris en métro, s’est assise derrière les rideaux épais, au rez-de-chaussée d’un immeuble du seizième arrondissement, elle lui a donné cent cinquante euros pour qu’elle lise dans sa main, et dans les nombres qui l’entourent, elle y est allée parce qu’il n’y avait rien d’autre, pas un filet de lumière vers lequel tendre, pas un verbe à conjuguer, pas de perspective d’un après. Elle y est allée parce qu’il faut bien s’accrocher à quelque chose.

[…]

Il ne va pas quand même pas pleurer comme un con, enfermé à quatre heures du matin dans une salle de bain d’hôtel, assis sur le couvercle des chiottes.
Il a enfilé le peignoir encore humide que Lila a utilisé à la sortie de sa douche, il respire le tissu, y cherche ce parfum qu’il aime tant. Il s’observe dans le miroir, il est presque aussi blême que le lavabo. Sur le carrelage, ses pieds nus cherchent la douceur du tapis. Lila dort dans la chambre, les bras en croix. Elle s’est endormie après avoir fait l’amour, tout de suite après, elle s’est mise à ronfler doucement, elle ronfle toujours quand elle a bu.
A l’entrée du sommeil, elle a murmuré merci. C’est ça qui l’a achevé. Qui l’a transpercé. Elle a dit merci.
Elle dit merci pour tout, merci pour le restaurant, merci pour la nuit, merci pour le week-end, merci pour l’amour, merci quand il l’appelle, merci quand il s’inquiète de savoir comment elle va.

Résumé :

Mathilde avait un poste haut placé dans une entreprise. Jusqu’au jour où elle a eu l’outrecuidance de contrarier son collaborateur.
Thibault est médecin aux Urgences Médicales de Paris. Il se rend d’une adresse à une autre pour soigner les petites maladies des uns et des autres.
Avant, Mathilde enchaînait les réunions et les rencontres clients, aujourd’hui, elle n’a plus rien à faire. Mais personne ne le sait. Mathilde ne dit rien.
Thibault a plaqué sa maîtresse mais il regrette son geste. Et si c’était lui qui ne savait pas aimer ?
Mathilde et Thibault pourraient se rencontrer un jour de mai, le 20. Qui sait ? Tout pourrait alors changer.

Avis :

Delphine de Vigan habite à Paris et connaît bien la ligne D du RER et le métro.
Cela se sent.
Cela se voit.
Avec une impudique pudeur, Delphine de Vigan raconte les immenses solitudes vécues dans une ville tentaculaire, la pression du monde du travail, la dépression, le non-dit, le tu, le caché, la perte de soi et surtout la violence silencieuse.
Un vrai travail d’orfèvre.

 

Les heures souterraines, Delphine de Vigan, JC Lattès 280 pages 17 €

 

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