La forêt des Mânes de Jean-Christophe Grangé

Jean-Christophe Grangé est un auteur de thrillers régulièrement adaptés au cinéma (Les rivières pourpres, Le concile de pierre, L’empire des loups). La forêt des Mânes clôture la fin de la trilogie du mal après La ligne noire et Le serment des limbes.

L’histoire :
Jeanne Korowa, juge d’instruction au TGI (tribunal de grande instance) de Nanterre, soupçonne son petit ami de la tromper. Abusant de son autorité, elle fait placer sur écoute le psychanalyste de Thomas, Antoine Féraud.
Chaque soir, Jeanne reçoit ces enregistrements et, chaque soir, elle écoute les séances de tous les patients. Jusqu’à surprendre un homme mystérieux dont le fils autiste subit de terribles crises qui pourraient être meurtrières.
Très vite, la juge comprend que ce fils est sans doute le tueur cannibale qui vient de commettre deux crimes à Paris et sur lesquels son voisin de bureau et ami, François Taine, enquête.
Mais à qui pourrait-elle confier qu’elle connaît l’identité de l’assassin ?
Après la mort de Taine, Korowa va prendre l’enquête en main, totalement hors-la-loi. La recherche du tueur cannibale la mènera au Nicaragua, au Guatemala puis au fond des lagunes de l’Argentine.

Extrait :
Jeanne accéléra la lecture du disque, sautant les étapes de relaxation qui préludent toute séance d’hypnose. Joachim était maintenant en état de suggestion. Réponses lentes. Voix atone, comme appuyée, au fond du larynx, sur les cordes vocales même. Elle les imaginait tous les trois assis près du patient. Féraud, derrière son bureau ou peut-être assis près du patient. Joachim, droit sur sa chaise, les yeux fermés ou les pupilles fixes. Et, en retrait, le père, debout. Elle n’aurait su dire pourquoi elle l’imaginait avec une épaisse chevelure grise ou blanche.
« Joachim, vous m’entendez ?
– Je vous entends.
– Je voudrais contacter, s’il existe, celui qui est en vous.»
Pas de réponse.
« Est-il possible de lui parler ? »
Pas de réponse. Féraud monta la voix :
« Je m’adresse à celui qui vit à l’intérieur de Joachim. Réponds-moi ! »
Jeanne nota que Féraud était passé au tutoiement. Sans doute pour distinguer ses deux interlocuteurs. Joachim et l’intrus. Dernière tentative, plus calme :
« Comment t’appelles-tu ? »
Courte pause. Puis une autre voix retentit dans la pièce :
« Tu n’as pas de nom. »
Ce timbre la fit sursauter. Une inflexion métallique, grinçante, vrillée. Ni homme ni femme. Peut-être un enfant. Quand elle passait ses vacances à la campagne, dans le Perche, avec sa sœur, les deux filles se bricolaient des talkies-walkies à l’aide de boîtes de conserve reliées par une ficelle. Le son qu’elles obtenaient au fond du cylindre de métal était le même que celui-ci. Une voix de fer. Une voix de corde.
« Comment t’appelles-tu ? »
Le père chuchota :
«  La “chose” ne dit jamais “je”. La chose parle toujours à la deuxième personne
– Taisez-vous! »
Féraud s’éclaircit la gorge :
« Quel âge as-tu ?
Tu n’as pas d’âge. Tu viens de la forêt.
– Quelle forêt ?
Tu vas avoir très mal.
– Que cherches-tu ? Que veux-tu ? »
Pas de réponse.
«  Parle-moi de la forêt. »
Raclement de fer. Un ricanement peut-être.
« Il faut l’écouter. La forêt des Mânes.
– Pourquoi l’appelles-tu comme ça ? »
Pas de réponse.
« Cette forêt, tu l’as connue quand tu étais enfant ?
Cette forêt, tu l’as connue quand tu étais enfant ? »
Le père intervint encore une fois à voix basse :
« C’est sa façon de dire “oui”, je l’ai remarqué. La “chose” répète la question. »
Féraud ne releva pas. Jeanne l’imaginait concentré sur Joachim. Sans doute penché vers lui, les deux mains sur les genoux.
« Décris-la-moi.
La forêt, elle est dangereuse.
– Comment ça ?
Elle te tue. Elle te mord.

Avis :
Où on retrouve (enfin !!!) l’art de Jean-Christophe Grangé, un des rares écrivains de thrillers français à s’être fait un nom aux Etats-Unis : psychanalyse, génétique, préhistoire et une héroïne qui n’a pas froid aux yeux.
La forêt des Mânes est, selon l’auteur, une remontée vers le Mal primitif et préhistorique. Bien avant que les psychanalystes ne parlent du complexe d’Œdipe, bien avant que les Grecs ne rapportent leur mythologie, qu’ont réellement vécu les hommes préhistoriques ?
Est-ce qu’avoir vécu des traumatismes enfant joue sur la psyché d’un adulte ? Et si oui, jusqu’à quel point ? Un enfant devient-il le diable parce qu’il a subi des choses terrifiantes ou peut-il naître déjà atteint par le Mal ? Sans nul doute, Jean-Christophe Grangé s’est posé toutes ses questions. La forêt des Mânes contient ses réponses romancées.
Tour à tour inspiré par l’autisme et le mythe des enfants-loups aussi bien que par L’exorciste ou Seven, Grangé mène la danse. Avec habilité, il sème les indices et fait en sorte que l’angoisse et la peur du lecteur augmentent au même rythme que celles de Jeanne Korowa. Trouverez-vous qui est le tueur cannibale avant la juge d’instruction ?
A mon avis, après avoir lu La forêt des Mânes, vous éviterez les footings ou les balades de nuit en forêt.

La forêt des Mânes, Jean-Christophe Grangé, éditions Albin Michel 22,90 €

1 Comment
  • Doriane

    novembre 30, 2009 at 10:20 Répondre

    Hélas (et pour la première fois chez Grangé) j’avais deviné la chute de l’histoire, ça reste quand même un bon moment de lecture.

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