Le miroir de Cassandre de Bernard Werber

Bernard Werber est surtout connu pour sa trilogie des Fourmis (Les Fourmis, Le jour des fourmis, La révolution des fourmis). Il est l’auteur de nombreux romans dans lesquels il mêle la mythologie, la futurologie, l’écologie et la science-fiction.

Le miroir de Cassandre n’échappe pas à cette récurrence.

Extrait :

[…]

Le directeur trouve enfin un livre intitulé « La Malédiction de Cassandre » avec en couverture, une femme en toge blanche sur un trône d’or et tenant un serpent dans la main. Il souffle sur la tranche pour déloger la poussière et feuillette rapidement l’ouvrage, en quête de repères.
– Ça va te passionner.
Ça m’étonnerait.
– Voilà. D’abord: le sens de ton prénom… Cassandre est l’abréviation d’Alexandre. Mais il n’y a qu’une seule Cassandre célèbre. C’était une Princesse de l’Antiquité. L’histoire s’est déroulée aux alentours de 1300 avant Jésus-Christ, il y a plus de 3000 ans. Cassandre était la fille de Priam, roi de Troie. Sa mère était la grande prêtresse Hécube issue de la tribu des Amazones qui vivait sur les bords de la mer Noire. Selon Homère, Cassandre était la plus belle des filles du roi Priam.
Le directeur la scrute. Elle reste impassible.
Bon, ça y est, c’est fini, je peux partir ?
– Un jour, le dieu Apollon est descendu dans le temple dédié à son propre culte. Il a vu Cassandre et a déclaré à sa mère, la reine Hécube: «Cette jeune fille me plaît. Je vais lui offrir un don, le plus extraordinaire de tous, le don de voyance; elle verra l’avenir.» Apollon a alors passéson doigt sous le menton de la fillette en disant: «Ne me remercie pas maintenant. Quand tu seras plus grande, tu pourras le faire de la manière que je t’indiquerai.»
Joignant le geste à la parole, Papadakis s’approche du menton de Cassandre, qui l’esquive d’un coup comme si elle venait de recevoir une décharge électrique.
Je n’aurais pas dû accepter de venir ici.
– Quand Cassandre est devenue adulte, poursuit le directeur sans se soucier de sa réaction, elle a été nommée prêtresse du temple d’Apollon, à Troie. Comme sa mère. Un jour, ainsi qu’il l’avait promis, Apollon est revenu chercher sa récompense: «Maintenant, lui a-t-il dit, il est temps de montrer ta reconnaissance envers ton dieu.» Mais la jeune fille s’est refusée à lui.
Philippe Papadakis secoue la tête, indigné.
– Tu imagines ? Une simple mortelle qui refuse les avances de son dieu. Tu t’en doutes, Apollon n’était pas content. Et il avait raison. D’un côté, il offre un cadeau extraordinaire à une jeune fille, la vision de l’avenir dont rêvent tous les hommes, de l’autre cette dernière ne consent pas à le remercier. Quelle ingrate !
Il attend pour voir si le mot a bien eu l’impact désiré. Il joue avec le chaton de sa bague qui représente une tête de cheval.
Bon, c’est fini ? Je peux rentrer ?
– Mais le dieu de la Beauté est resté magnanime. Il a simplement dit: «Je ne suis pas rancunier. Ce que je t’ai offert, je ne vais pas te le reprendre. Une fois donné c’est donné. Au lieu de te retirer le don que j’ai eu la légèreté de t’offrir sans contrepartie, je vais en ajouter un deuxième: quand tu parleras, personne ne te croira.» Et pour sceller la malédiction, il lui cracha à l’intérieur de la bouche.
Le directeur tourne la page en humectant de salive son index, puis, après avoir rapidement parcouru quelques pages, résume :
– A compter de ce jour, Cassandre eut des visions de l’avenir, mais personne ne voulut la croire.
La jeune fille ne bronche pas. Elle examine la pièce. Face à elle, un calendrier affiche la date : 03 mars.
Bientôt le printemps. Il va faire beau. Je pourrai sortir et respirer l’odeur des arbres, de l’herbe, des fleurs. Entendre le chant des oiseaux. Tout cela me manque, je perds mon temps ici. J’ai besoin d’espace, de nature et de soleil. D’air et de lumière.
Elle se tourne à nouveau vers l’homme dont elle ne perçoit plus les mots.
Ce type ressemble à un acteur américain. Comment s’appelle-t-il déjà ? J’ai son nom au bout de la langue. Un acteur qui a joué dans Klute et dans Mask.
L’autre continue sa démonstration.
– Et toi, tout comme ton antique homonyme tu prétends voir le futur ? Quelle prétention. A moins que ce soit ton «intuition féminine» ?
Elle reçoit son haleine quand il se penche après avoir reposé le livre.
Ah, ça y est : c’est Donald Sutherland. Même la chevalière est raccord. Le menton est à peine plus pointu et le nez plus long. Les doigts moins fins aussi.
Il la fixe intensément dans les yeux.
– Approche, intime-t-il.
Comme elle reste immobile, c’est lui qui s’avance.
Il est à la frontière de ma bulle de protection.
– Ah, oui, j’oubliais le cadeau. Vous les filles vous avez besoin du «petit cadeau». La fameuse surprise que je t’avais promise. En fait, il n’est pas vraiment de moi.
Le directeur de l’école prend sur une étagère un colis recouvert de papier kraft.
– Probablement envoyé par quelqu’un qui t’aime. Je le garde ici depuis un certain temps. J’avais juste oublié de te le transmettre.
Il ment. Il l’a fait exprès.
Il secoue la petite boîte et elle entend le bruit d’un objet dur qui cogne contre le carton.
– Tu le veux ?
Elle lit à l’envers : « Pour Cassandre. » A la mention EXPEDITEUR, une simple lettre griffonnée : « d ».
– Alors, on ne dit pas merci ?
Les lèvres de la jeune fille se crispent.
– Dis-moi «merci», ou je ne te le donne pas.
La voix de l’homme est devenue sèche, impérative.
Il s’avance encore.
Il a pénétré dans ma bulle de protection.
Elle se raidit.
Cette fois elle ne recule pas. Il prend son immobilité pour une acceptation, il cherche à lui saisir la main.
Et toi, Philippe amateur-de-chevaux, connais-tu la mythologie du boxeur américain Mike Tyson ?
Alors elle se jette sur lui et lui mord le lobe inférieur de l’oreille d’un coup de dents. Sa mâchoire émet un claquement. Cassandre secoue la tête pour arracher le morceau de chair puis, après une hésitation, elle le recrache par terre.
Le premier instant de stupeur passé, Philippe Papadakis, les yeux exorbités, tombe à genoux, hurle et protège son oreille qui saigne. La jeune fille a déjà ramassé le petit colis avant de déguerpir et elle court sans se retourner, l’objet serré contre sa poitrine, laissant derrière elle cette maison habitée par un cri de douleur qui n’en finit pas de résonner.

Résumé :

Cassandre Katzenberg s’enfuit de l’école des Hirondelles avec à son bras, une montre où il est inscrit : Probabilité de mourir dans les 5 secondes. C’est un certain « d » qui la lui offert. En cherchant à se cacher de la police, la jeune fille aux grands yeux gris clairs se retrouve dans une décharge où les détritus continuent à s’empiler sans que plus personne ne se préoccupe de ce qu’ils deviennent. Là, vivent Orlando, Fetnat, Kim et Esméralda, tous habitants du village qu’ils ont créé et appelé Rédemption.

Si la jeune fille voit les attentats à venir, elle a tout oublié de son enfance. Son passé ne commence qu’à partir de ses 13 ans. Cassandre finit par découvrir qu’elle a un frère génie. C’est lui qui a inventé la montre capable de signaler à celui qui la porte le pourcentage de probabilités qu’il a de mourir.

Aidés des quatre clochards, Cassandre remonte bien plus loin que sa vie-ci et découvre que ses parents l’ont programmée à deviner le futur. Ensemble, ils veulent essayer de sauver le monde en tentant de faire comprendre à leurs congénères qu’ils sont menacés par la surpopulation, la pollution, les guerres, les épidémies et le terrorisme.

Avis :

Bernard Werber a l’art de raconter une histoire sans utiliser de mots compliqués et donc, beaucoup de personnes apprécient ses romans. L’idée du scénario de Le miroir de Cassandre est somme toute originale. Dommage que Bernard Werber se répète et se répète ce qui, à la longue, a agacé la lectrice que je suis.

L’intrigue met un certain temps à prendre de la vitesse, si tant est qu’elle en prenne réellement. Le miroir de Cassandre est trop linéaire, voire trop mou et son auteur s’est laissé aller à trop de facilités (les habitants des villes sont de méchantes personnes irresponsables qui polluent la planète sans aucune arrière-pensée ; les autistes sont tous des génies qu’on ignore. Par exemple) ou d’incohérences (si Cassandre est aussi intelligente, pourquoi met-elle si longtemps à comprendre ce qu’on lui dit ou ce qu’il se passe ; si elle aperçoit la chevalière de Papadakis au début du roman pourquoi semble-t-elle la découvrir à la fin ? Si elle crève d’envie d’aller respirer les arbres et les fleurs, pourquoi s’étonne-t-elle plus tard d’aimer cela ? Si le warterzoï cuit bien évidence, comment se fait-il que Charles de Vezelay demande ce qu’il contient ? Etc.).

Du coup, je me pose cette simple question : Bernard Werber aurait-il bâclé son roman ?

Le miroir de Cassandre est un roman qui, s’il n’est pas désagréable à lire, ne laissera pas de souvenirs impérissables.

 

Le miroir de Cassandre, Bernard Werber, éditions Albin Michel 22,90 €

 

3 Comments
  • Runway Reviews

    novembre 16, 2009 at 3:12 Répondre

    merci pour cet extrait et opinion.
    Je vais l’acheter car l’écriture de Werber comme tu le dis présente des mots simples et a des sens cachés sur l’écologie, la pollution, la science fiction etc…

  • moi

    novembre 21, 2009 at 12:00 Répondre

    merci pour ton avis, je cherchais des avis car je suis en train de le lire et je regrette mon achat. j’ai beaucoup aimé beaucoup de ses ouvrage mais celui ci est indigeste, lent sans vie plat . Bernard c’est completement nul ton truc la. il nous pollus l’esprit, nous fait perdre du temps et de l’argent.

  • Christprun

    décembre 4, 2010 at 12:11 Répondre

    Un peu tard, certes, pour donner son avis mais bon.
    Autant j’ai dévoré la trilogie des thanatonautes, le papillon des étoiles et les fourmis, autant là, quel ennui!
    D’habitude, lorsque je lis un livre, je cherche à apprendre et en ce sens, Bernard Werber est (était?) un as. Je ne lis plus mais je dévore.
    Là, c’est un peu comme le waterzoï, on prend ce qui traîne et on fait un ragoût et c’est du réchauffé avec les vieilles recettes.
    Possibilité de ne pas relire un de ses romans : 50% et pourtant un auteur qui induit une réflexion sur ce qu’il écrit lui-même, c’est pas tous les jours.
    Mais bon, lent, lourd,un livre…jetable.

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