Si tu ne m’aimes pas, je t’aime de Catherine Laborde et Thomas Stern

« Si tu ne m’aimes pas, je t’aime ». Drôle de livre pour un drôle de couple. Et si Catherine Laborde et Thomas Stern avaient justement tout compris à l’amour ?

Extraits :

Lui :
Au début de notre histoire, c’était un jeu pour rire à deux : tu m’écrivais de petits textes où tu parlais de moi à la troisième personne en me nommant « Mon homme », et moi je te répondais de la même manière. Nous étions les seuls à les lire et pourtant ils creusaient entre toi et moi un étrange pli : celui d’une histoire à deux voix où l’un est pour l’autre non seulement lui-même, mais aussi une sorte de tiers dont on s’étonne toujours un peu – même si on ne saurait s’en passer – de le voir débarquer. Quinze ans plus tard, l’habitude nous est restée, malgré les ravages du temps, de ne toujours pas savoir qui nous sommes réellement l’un pour l’autre. Nous sommes en fait un couple d’inconnus, un couple de célibataires.

Elle :
Tu me demandes pourquoi on ne se quitte pas ? Mais on s’est quittés, mon amour, pour de bon, plusieurs fois. Surtout moi. Et sans présumer qu’on se retrouverait. Surtout toi.
Le lien entre rupture et réconciliation s’établit après coup, quand on se retrouve. Mais chaque fois qu’on s’est quittés, j’ai pensé que c’était pour toujours. Toi, non. Et en vérité, tu n’as jamais pris la peine de me quitter. Tu m’as toujours laissée mettre en scène la rupture : monologues, pleurs, claquements de portes… Tu t’en fous. A ce moment-là, tu es ailleurs, dans une autre histoire, fasciné par une autre silhouette, une autre voix, une autre odeur.
C’est moi qui te quitte, mais c’est toi qui ne m’aimes plus.

Elle :
Je voudrais qu’il n’y ait aucune bassesse entre toi et moi. Rien de vil. Je ne parle pas des grossièretés, des obscénités. Le vil, le sale, le bas, ce n’est pas ça. Le sale, c’est quand je t’en veux, ou que toi tu m’en veux. Quand nous ne sommes pas à la hauteur. A la hauteur de nous. Nous devenons des monstres rabougris, tout secs. Nous n’avons plus rien à nous dire. Nous essayons juste de nous faire mal le plus possible.

Lui :
Tu as la science d’être partout dans ma vie parce que tu n’es pas au centre. Tu m’entortilles dans une délicate broderie faite d’absence et du désir où les creux valent autant sinon plus que les pleins et annihile ainsi toute tentative que je ferais pour être autre chose que ta proie. Tu tisses ta toile pour mieux me dévorer. Tu es une araignée.

Elle :
Il répète à l’envi qu’il y a quatre grands types de femmes : les belles qui se trouvent belles, les moches qui se trouvent belles et les moches qui se trouvent moches et les belles qui se trouvent moches. Selon lui, le pire est dans la catégorie un et deux. Je me demande où il m’a rangée, moi qui ne me suis jamais trouvée belle et qui, de fait, ne le suis pas.

Lui :
Quand je romps avec toi, je commence par éprouver un sentiment inouï de libération : je me suis débarrassé du joug de la servitude, une vague puissante me porte vers l’avenir, je suis libre, je vais renaître dans une nouvelle chance. Puis, subitement, je suis pris dans le ressac et dans ses tourbillons d’inquiétude et d’incertitude : où es-tu, pourquoi ne m’appelles-tu pas ? Je sais qu’on se manque : à quoi rime ce silence ? J’essaie de nager contre les courants, parfois des mois durant. Quant je suis au bord de me noyer, je te rappelle. J’entends ta voix, la mer me dépose doucement sur un rivage où l’eau est claire et paisible.

Elle :
Pourquoi m’as-tu dit si souvent non, alors ?

Lui :
Parce que tu m’apprenais la liberté.

Avis :

Tout le monde connaît Catherine Laborde pour l’avoir vue au moins une fois présenter la météo sur TF1. Quelques-uns connaissent Thomas Stern, agrégé de philosophie et publicitaire, ne serait-ce parce qu’ils utilisent la locution populaire qu’il a créée : elle a tout d’une grande.

Alors qu’est-ce que ce livre à deux voix ? Une biographie impudique où ces deux amants nous livrent leur histoire intime ? Un de ces best-sellers uniquement édités pour rapporter du fric aux auteurs et à la maison d’éditions parce qu’ils ont un nom connu et que l’exhibitionnisme des uns fait acheter les voyeuristes ? Non. Ces dialogues à deux voix, entrecoupés parfois de monologues, est tout autre chose. Oui, mais quoi ? Un témoignage qui inciterait les lecteurs à vivre comme les auteurs ? Non plus.

Thomas Stern est infidèle, menteur, malade de ne pas connaître le nom de son vrai père. Catherine Laborde est naïve, femme libre qui élève ses deux filles seules, femme publique qui s’étonne toujours que le public la reconnaisse. Qu’est-ce que ces deux là ont en commun ? Ils s’aiment d’un amour capable de résister à toutes les tempêtes, et quelles tempêtes, et pourtant, ils ne supportent pas de vivre au même endroit. Ils forment un véritable couple. Oui mais un couple de célibataires comme le dit si bien Thomas Stern.

« Si tu ne m’aimes pas, je t’aime », c’est un livre grave et léger qui aborde tous les sujets de la vie à deux : la rencontre, la passion, la famille, les trahisons, la lassitude, l’âge qui avance. C’est un livre qui donne à réfléchir, un livre écrit par deux très belles plumes.

« Si tu ne m’aimes pas, je t’aime », Catherine Laborde et Thomas Stern, éditions Flammarion 300 pages 18 €

 

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