Mon frère d’Emmanuel Parmentier

Né en 1979, Emmanuel Parmentier a suivi des études en audiovisuel et en communication. Après avoir “tâté” un peu du cinéma, il s’est pris de passion pour l’écriture. Il écrit alternativement pour les enfants et les adultes, en fonction de ses envies.Extrait :

Sur le chemin du retour, j’ai droit à un arc-en-ciel. Depuis tout petit, je suis fasciné par les arcs-en-ciel ; pour moi, il n’y a pas de spectacle plus enchanteur. Je m’arrête et contemple ces longues bandes de couleur qui s’unissent, sans jamais vraiment se mêler.
Si j’aime tant les arcs-en-ciel, c’est peut-être parce que c’est le signe de la réconciliation entre le ciel et la terre. Après s’être emporté, après avoir donné libre cours à sa colère, le ciel sourit à la terre, comme pour se faire pardonner. Celle-ci, pas rancunière, accepte ses excuses et lui tend, d’une certaine manière, la main. C’est ainsi que naît l’arche aux couleurs miroitantes.
Malheureusement, cette réconciliation est éphémère : les arcs-en-ciel disparaissent aussi vite qu’ils sont apparus. Je reprends donc ma marche solitaire, tout en continuant à mastiquer mon chewing-gum à la menthe, afin de masquer l’odeur de la cigarette.

Parvenu au coin de la rue, je remarque tout de suite la camionnette des gendarmes, postée devant la maison. Je me dis : « Ça y est, Théo, t’as décroché le gros lot ! Ça va être ta fête… »
Avec Yohann, mon meilleur pote, on a pris l’habitude de chaparder quelques bonbecs à l’épicerie, en face du collège. C’est devenu une sorte de jeu. On s’est fait prendre une fois, la vendeuse nous a passé un savon, mais ce n’est pas allé plus loin. On s’est calmés pendant quelque temps, et puis on a recommencé. Il y a deux jours, on s’est de nouveau fait pincer. Comme des cons, la main dans le sac.
Je pense que l’épicière nous a tout simplement balancés.

La perspective de prendre la poudre d’escampette m’effleure. Et puis je me dis que la vie, ce n’est pas une fuite continuelle. Il y a des moments aussi où il faut assumer, affronter son destin. Surtout quand il s’agit de bâtons de réglisse, de carambars et de langues de chat… Je retiens ma respiration, prends un air angélique et pousse la porte d’entrée. Je lance au passage un « Bonsoir ! » bien inspiré.
Je comprends très vite que les gendarmes ne sont pas là pour me sermonner. Mon père et ma mère sont effondrés dans le canapé, des larmes ruissellent de leurs yeux rougis. Deux officiers se tiennent debout à leurs côtés. L’un est gros, l’autre petit, on dirait Laurel et Hardy. Sauf qu’ils ne me donnent pas du tout envie de rire. Sur leurs visages, je lis de la tristesse et du désarroi.
C’est la première fois que je vois mon père pleurer. Je ne savais même pas qu’en lui, il y avait des larmes. Je réalise aussitôt que quelque chose de tragique vient de se passer.

Le plus petit des gendarmes vient à ma rencontre. Ses mouvements m’apparaissent étrangement ralentis. Les quelques mètres qu’il franchit semblent couvrir une éternité.
Il est maintenant en face de moi. Sa glotte ne cesse de remuer, les sons sortent difficilement de sa bouche.
– … Léo, ton frère… il a eu un accident de voiture…
Je chancelle, mais ne tombe pas.
– … Il est mort.
Mes oreilles se ferment d’elles-mêmes. Comme si je ne voulais pas entendre la suite, comme si les causes importaient peu. Mon frère est mort ! Léo, mon grand frère adoré, n’est plus ! Envolé, disparu, à tout jamais !…

Résumé :
Léo avait 19 ans. Il était passionné de cinéma et étudiant en informatique. Il vient de se tuer dans un accident de voiture.
Trois jours auparavant, son jeune frère, Théo, avait insisté pour qu’il rentre de la fac et vienne lui souhaiter son anniversaire.
Aujourd’hui, Léo est mort et ceux qu’il a laissé derrière lui aussi.

Avis :
Emmanuel Parmentier n’est pas seulement un « explorateur de mots » comme il se définit lui-même. Il est aussi un explorateur de sentiments. Quand un drame telle que la mort d’un enfant survient dans une famille, comment sa famille, justement, peut l’accepter ? Comment peut-on survivre au deuil d’un proche ? Comment peut-on continuer à vivre quand son frère meurt ? Quand le fils aîné s’est tué dans un stupide accident de la route ?
Dans Mon frère, Emmanuel Parmentier utilise les mots du jeune frère pour raconter la chute de toute une famille dans un puits sans fond. C’est simple et tortueux, naïf et profond. Comme un ado qui se pose des questions.
Emmanuel Parmentier. Retenez le nom de ce jeune écrivain, derrière se cache le talent.

Mon frère, Emmanuel Parmentier, Grrr…Art éditions, 246 pages 15 €

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