La vengeance du djinn de Franck Hériot

Franck Hériot est journaliste d’investigation. Il est déjà l’auteur de plusieurs livres. Après La femme que j’aimais (Le Cherche Midi), dont les droits audiovisuels ont été achetés, La vengeance du djinn est son deuxième roman.

Extrait :
La pièce était vide. Il n’y avait aucun meuble, aucune chaise, aucun tapis sur le parquet d’où s’élevait l’odeur capiteuse de la cire se mélangeant discrètement à celle écœurante de la chair brûlée. Seuls les murs étaient habillés. Les volets étaient mi-clos et bien que l’endroit ne fût éclairé que par la lumière de la rue et les braises finissant de se consumer, un œil averti aurait put reconnaître, accrochées aux murs, des œuvres signées de petits maîtres du Quattrocento.
Un homme tout de noir vêtu, avec des écouteurs vissés dans les oreilles, était assis en tailleur au milieu de la pièce, le regard vide, l’air soulagé devant la vision morbide qui s’offrait à lui. Il avait ressenti une vraie sensation d’apaisement sous l’effet de la chaleur dégagée par le feu. Il était resté immobile jusqu’à ce que les flammes aient achevé leur besogne.
Quand le corps fut tout à fait carbonisé, l’homme se leva lentement et se dirigea vers la cheminée. Ses pas firent grincer les lattes du plancher. Il ne semblait éprouver aucune émotion. Dans la main droite, il tenait un verre transparent rempli d’un peu de liquide rouge. Il y trempa l’index de la main gauche et traça des lettres qui firent des mots puis une phrase sur le manteau de la cheminée. Quand il eut terminé, il fit un pas en arrière pour se relire et mieux jouir du spectacle de ce corps grotesque, crispé, figé dans sa dernière attitude. Il jeta dans l’âtre ce qui restait de liquide rouge et posa le verre sur le sol avant de sortir un mouchoir de sa poche avec lequel il nettoya le bout de son index.
Il éteignit son baladeur MP3 et ôta les écouteurs de ses oreilles. Puis il lança un dernier regard vers la cheminée tout en se dirigeant vers la porte où il y avait un sac à dos et une bouteille vide posés par terre. Il se baissa, prit la bouteille, la mit dans le sac, ouvrit la porte et la referma avant d’emprunter un couloir et descendre l’escalier, lentement, en se tenant à la rampe. Il semblait perdu dans ses pensées alors qu’un silence profond régnait dans la maison plongée dans l’obscurité. Arrivé au rez-de-chaussée, il posa son sac et tendit la main vers un blouson de cuir pendu à un portemanteau. Toujours aussi lentement, il enfila le blouson en même temps qu’il tournait les yeux vers le haut des marches. « Vai a marcire in inferno !… » marmonna-t-il entre ses dents serrées. Puis il reprit son sac, avança vers la lourde porte en chêne qui donnait sur la rue, tourna la poignée et l’ouvrit. Il pencha légèrement la tête en arrière et inspira profondément tout en tirant la porte. La rue était déserte. Il cracha sur le seuil de la maison.
La Seine était à quelques pas, de l’autre côté. Une dernière fois, il leva la tête vers la fenêtre du premier étage, la seule où les volets n’étaient pas fermés, traversa la rue et rejoignit les berges. L’humidité montant du fleuve faisait briller les pavés et rendait l’air un peu plus lourd, plus pénétrant.
L’homme marcha encore quelques minutes, sa silhouette apparaissant et disparaissant au gré des caprices de la lumière pâle des réverbères. Enfin, il s’arrêta, face à l’eau, posa son sac à ses pieds, regarda à droite et à gauche afin de s’assurer que les berges étaient effectivement désertes puis il ôta ses gants de chirurgien et en fit une boule qu’il lança dans l’eau, le plus loin possible, d’un geste souple, identique à celui des joueurs de base-ball.
Il resta là encore quelques secondes avant de récupérer son sac. Il sortit son lecteur MP3 d’une de ses poches, l’alluma et vissa les écouteurs dans le creux de ses oreilles comme on fait avec des boules Quies. Il plongea la main dans une autre poche de son blouson et en sortit une cigarette qu’il alluma avec un briquet. Il tira une longue bouffée, garda la cigarette coincée entre les lèvres, enfonça les mains dans les poches de son blouson et se remit à marcher le long du quai, avec cette même économie de moyens qui semblait caractériser chacun de ses gestes.
Il n’y eut bientôt plus de réverbères pour éclairer sa silhouette. L’homme ne fut plus qu’une ombre accompagnée par un halo de fumée avant de disparaître, happé par l’obscurité.

Résumé :
Des cadavres sont retrouvés carbonisés.
A côté, le ou les auteurs de ces crimes abominables – les victimes sont brûlées vives – ont écrit en lettres de sang des extraits du poème de Victor Hugo, Les Djinns.
Le commissaire Gorin qui ne supporte pas la présence de son tout nouveau collègue, le lieutenant Pensec, va devoir enquêter avec lui dans le milieu des missions humanitaires et des ONG.
De l’Italie à l’Erythrée, en passant par Paris et Nantes, les deux flics de la Crim’ vont tenter d’élucider ces meurtres.

Avis :
Un thriller diablement efficace.
Chattam et Grangé n’ont qu’à bien se tenir. Et les autres aussi. Maintenant Hériot est là !

La vengeance du djinn, Franck Hériot, éditions Le Cherche Midi 372 pages 19 €

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