La corde d’argent de Paul Halter

Extrait :

Mardi, 3 octobre 1950

Continuez de fixer attentivement ma chevalière… Voyez comme elle brille, comme jette des étincelles… Concentrez-vous uniquement sur les paillettes dorées qui dansent devant vos yeux, autour de votre esprit… C’est bien. Maintenant, vous pouvez vous détendre. Vos muscles se relâchent. Tout en vous aspire au repos. Et il n’y a aucune raison qu’il en soit autrement. Vous êtes parfaitement à l’aise et en totale sécurité. Votre vue se trouble… vos paupières sont lourdes… Vos yeux clignotent, ils ont envie de se fermer… et ils se ferment.
Roger Firode se tut un instant, tout en immobilisant sa main. Il tenait délicatement un fil, au bout duquel il avait attaché sa chevalière. Avec une évidente satisfaction, il contempla la jeune femme, dont les yeux venaient de se fermer comme il le lui avait suggéré. Elle était confortablement allongée sur son sofa, la nuque retenue par un coussin moelleux. Bien qu’approchant de la trentaine, Alice Davenport, avec sa silhouette mince et gracile, évoquait davantage une adolescente. Ou plus exactement, à ce moment précis, une princesse de conte de fées plongée dans un sommeil éternel, avec ses longs cheveux blonds répandus sur le coussin. Ses paupières baissées, frangées de longs cils, soulignaient la délicatesse de ses traits.
Firode la trouvait encore plus belle endormie. Son visage détendu voilait les quelques rides naissantes sur son front, ainsi que cette vague expression inquiète, qu’on pouvait surtout lire, lorsqu’ils étaient ouverts, dans ses grands yeux bleus, insondables comme des lacs de montagnes. C’était une de ces mystérieuses et fragiles créatures qu’on avait instinctivement envie de protéger. Une sensualité troublante et discrète se dégageait de sa personne, même lorsqu’elle était immobile, songea Firode tout en poursuivant son examen visuel avec fièvre. Ses chevilles délicates, ses jambes fuselées émergeant de sa jupe de laine plissée, les volants brodés de son chemisier de cotonnade, sagement boutonné jusqu’au cou, sa poitrine légèrement palpitante, son menton délicat…
Tout en enfilant la chevalière à son annulaire, il se fit violence pour s’arracher à cette vision ravissante et se concentrer sur la suite de sont traitement. Venant de réussir la première phase avec succès, il lui fallait enchaîner rapidement avec la seconde s’il ne voulait pas rompre le contact.

Résumé :

Angleterre. Année 50.
Alice et son frère David Davenport vivent dans un petit village, Ravenstone, où ils consultent régulièrement Roger Firode, un magnétiseur aux pouvoirs surprenants.
Le colonel Arthur Davenport, leur oncle, est retrouvé assassiné chez lui, en Normandie. David devient très rapidement le suspect numéro 1.
L’inspecteur Hurst et son fidèle ami le Dr Twist, éminent criminologue, vont enquêter et tenter de déjouer cette affaire mystérieuse à laquelle sont mêlés le magicien « Le Grand Santini », son accessoire fétiche la corde d’argent, les secrets d’une famille qui autrefois a vécu en Inde et divers protagonistes.

Avis :

La corde d’argent est une nouvelle enquête des héros de Paul Halter, auteur français inconditionnel de James Hadley Chase.
Dans la lignée d’un John Dickson Carr ou d’un Clayton Rawson, ce roman mystère en chambre close possède toutefois un style beaucoup plus violent et plus sombre que celui de ces prédécesseurs.
Une pure merveille.

La corde d’argent, Paul Halter, éditions Le Masque 300 pages 6,50 €

 

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