Slogane-moi, chick lit pour lesbiennes ?

Extrait

Kriss lâcha un juron sonore en même temps que le téléphone qui plongea dans l’évier. Dans un seul mouvement elle dut éteindre le jet d’eau pour empêcher l’épaisse couche de mousse de couler vers le carrelage et arrêter la glissade d’une rangée de verres dangereusement posés au bord de l’évier. Des verres offerts par Madame Ma Mère et dont la valeur rattrapait certainement l’incontestable laideur. Des verres qui allèrent rejoindre un week-end de vaisselle sale sous une couette de mousse à la framboise. Mais la vaisselle allait encore devoir attendre.
Un rapide coup d’œil à la pendule Betty Boop du salon lui confirma la cata, elle abandonna donc également toute tentative de sauvetage du portable et émit un ultime borborygme mousseux. Ben aussi pouvait attendre.
Dans quinze minutes chrono, elle devait être à l’autre bout de la ville, fraîche et pimpante comme une future consultante en communication. Elle voulait ce boulot. Non, elle avait urgemment besoin de ce boulot.
Quinze minutes. Pari tenu.
Rus vers le dressing pour sélectionner LA tenue idéale. Ben l’avait bassinée pendant des heures avec l’indispensable tailleur « executive woman », mais elle avait tenu bon et c’est sans l’ombre d’un regret qu’elle choisit un pantalon de flanelle et une chemise de coupe asiatique rouge et noire.
Habillage. Un dernier coup d’œil dans le miroir pour mesurer la perfection de la chose. Inutile de forcer sur le rimmel, le look motarde dégoulinante étant largement passé de mode, une dernière touche de lipstick pour assurer le gloss cher aux publicistes et le tour était joué.
Elle ajusta son petit col montant sous le blouson, prit son casque sous le bras et se rua hors de l’appartement.
En vingt secondes, elle était dans le parking, sur la Yamaha. Malgré ses vingt ans qui la classaient dans les antiquités pour les loulous du quartier, cette vaillante Nippone était encore capable de griller plus d’une de leurs boîtes à sardines relookées kéké-chromé.

Résumé :

Clara vient d’embaucher Kriss dans son agence de pub. Ce qu’elle s’est bien gardé de dire à Kriss, c’est qu’elle aimerait l’offrir comme cadeau d’adieu à son ex et associée, la flamboyante Axelle. Or, pas de chance, dès le premier jour de leur rencontre Clara et Kriss sont tombées amoureuses l’une de l’autre. Mensonges, manipulations, non-dits, amours et happy-end.

Avis :

Slogane-moi de Dina Mann a paru aux éditions Gaies et Lesbiennes.
L’auteur Dina Mann est en réalité un duo d’écrivains. Deux femmes qui aiment les femmes et qui viennent d’obtenir le prix de la République du Glamour pour un autre de leurs romans, Pour l’éternité, mais pas plus.
Faut-il être lesbienne pour lire Slogane-moi ?
Faut-il être tueur en série ou flic pour lire un polar ou un thriller ?
OK, Slogane-moi évoque des amours saphiques. Je dirais surtout qu’il reprend le plan thématique de tous les romans estampillés chick lit : une jeune citadine blanche issue de la classe moyenne, célibataire, belle et branchée, aux prises avec un travail harassant dans le monde des médias et en désaccord total avec sa mère. Jeune femme qui recherche bien entendu le grand amour et dont les relations familiales ou amicales sont aussi importantes que celles qu’elle entretient avec les… femmes. Ben oui, sinon, ce serait une nouvelle version de Sex and the City ou Le journal de Bridget Jones ou Le diable s’habille en Prada.
Quoi qu’il en soit, Slogane-moi est beaucoup moins mordant que ces célèbres romans américains ou anglais, tant au niveau de la dérision que de l’humour. Je dirais même qu’il m’a souvent fait penser aux bluettes de chez Harlequin qu’on aurait légèrement saupoudrées de scènes érotiques. Mais belle surprise car les romans sentimentaux ne me font pas vraiment bander : Slogane-moi se lit agréablement. La plume est élégante et les deux auteures ont su insuffler un rythme à leur histoire. Alors, laissez-vous tenter que vous soyez lesbiennes ou pas !

Slogane-moi, Dina Mann aux éditions Gaies et Lesbiennes 11 €

 

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