BLOOD HOLLOW DE WILIAM KENT KRUEGGER : meurtres chez les Obijwés

William Kent Kruegger vit à Saint-Paul, Minnesota.
BLOOD HOLLOW est son deuxième roman publié au Cherche Midi.

Résumé

Après avoir disparu le soir du Nouvel An, Charlotte Kane, la fille d’une des familles les plus riches de la ville est retrouvée morte quelques mois plus tard, à la fonte des neiges. Son ex petit-ami, Winter Moon, un indien de la réserve Obijwé, s’enfuit lorsqu’il se retrouve accusé du meurtre.
L’ancien shérif, Corcoran O’Connor, est un des rares habitants de la ville à croire à l’innocence du jeune homme. La paix qui régnait au sein d’Aurora risque bien de voler en éclats. Quand Moon se livre aux autorités, des phénomènes étranges commencent à se produire.

Extrait

Le mois de janvier était comme d’habitude, aussi glacé que l’intérieur d’un congélateur à viande, et cela faisait presque deux jours que la fille avait disparu. Il était impossible pour Corcoran O’Connor de ne pas tenir compte du premier élément. Et il s’efforçait de ne pas penser au second.
Il avait de la neige jusqu’aux fesses, et une couche de pus de cinquante centimètres de poudreuse d’une blancheur éblouissante étincelait dans le soleil de l’après-midi. Il ôta son masqua aux verres teintés et leva les yeux vers le ciel – une voûte bleue posée sur de hautes parois de pins verts. Il se trouvait sur une crête qui dominait un petit ovale de glace appelé Needle Lake, à huit kilomètres de la route déneigée la plus proche. En dehors des traces laissées par sa motoneige, il n’y avait pas le moindre signe de vie humaine. Un paysage déchiqueté s’étendait devant lui – une corniche en surplomb, un rivage dentelé, un pic de granit nu qui émergeait de la glace et donnait son nom au lac – mais la récente chute de neige en avait adouci les contours. Au cours de son existence, Cork avait vu presque cinquante hivers s’installer et repartir. Parfois la neige se déposait doucement, d’autres fois elle tombait avec colère. Elle modifiait toujours l’apparence de tout ce qu’elle touchait. Cork ne pouvait s’empêcher de penser que, de ce point de vue, la neige était un peu comme la mort. Saut que la mort, lorsqu’elle changeait quelque chose, c’était pour toujours.
Il enleva ses mitaines en cuir de daim doublé de polaire. Assis sur la selle de la Polaris que le service de recherches lui avait fournie, il se retourna pour sortir la radio rangée dans un compartiment derrière le siège. A travers le trou prévu dans son passe-montagne, les mots qu’il prononça rebondirent contre l’appareil, formant des volutes de buée blanche.
«  Allô la base, ici unité trois. Terminé.
– Ici la base. A vous, Cork.
– Je suis sur Needle Lake. Aucune trace d’elle. Je vais monter jusqu’à Hat Lake. Comme ça, on aura bouclé ce secteur.
– Entendu. Avez-vous vu Bledsoe ?
– Négatif.
– Il a fini son inspection de la piste de North Arn et il a parlé de venir vous donner un coup de main. Il faut aussi que vous sachiez que la météo nationale a émis un bulletin d’alerte au niveau maximal. Un blizzard arrive droit sur nous. Le shérif envisage de faire rentrer tout le monde.»
Cork O’Connor avait passé une grande partie de sa vie dans les Northwoods du Minnesota. Bien qu’à ce moment précis, il n’y eut qu’un banc de nuages noirs en train de se former à l’horizon côté ouest, il savait qu’en moins d’une minute le temps pouvait tourner.
« 10-4, Patsy. Je garde le contact. Unité trois, terminé. »
Il était dehors depuis les premières heures du jour, et, malgré ses gants en cuir, ses chaussures Sorel et ses grosses chaussettes ; sa combinaison matelassée spéciale motoneige, sa parka en duvet et son passe-montagne, il était glacé jusqu’aux os. Il remit sa radio en place, sortit une Thermos rangée sous la selle et se versa une tasse de café. Le breuvage était tiède, mais la sensation dans sa gorge fut très agréable. Pendant qu’il buvait, il entendit le bruit d’un autre engin passer entre les pins à sa droite. Moins d’une minute plus tard, une motoneige apparut entre les arbres et bondit sur la piste où était arrêtée celle de Cork. Oliver Bledsoe avança puis coupa le moteur. Il descendit et ôta son passe-montagne.

Avis

BLOOD HOLLOW est un thriller dont l’intrigue se situe au Minnesota, l’Etat le plus au nord des Etats-Unis si l’on excepte l’Alaska. Qui dit Minnesota dit 2 saisons principales – hiver neigeux et été orageux – ou presque, étendues sauvages et omniprésence de la culture indienne anishinaabe, appellation (Algonquins, les Ojibwés, les Saulteaux, les Outaouais et les Potawatomis).
Le décor grandiose de BLOOD HOLLOW n’est pas sans rappeler celui décrit dans The call of the wild par Jack London mais si certaines scènes sont aussi violentes et cruelles, il ne s’agit pas ici d’une aventure animale.

BLOOD HOLLOW se déroule à Aurora, petite ville située dans le comté de Saint-Louis, bordée d’une immense forêt traversée de ruisseaux et de rivières qui coulent vers la baie d’Hudson ou vers les eaux du Mississipi.
Les habitants décrits par William Kent Krueger sont des Blancs et des sangs-mêlés qui cohabitent tant bien que mal avec les Ojibwés de la réserve voisine, propriétaires du casino. Le meurtre d’une jeune fille riche va faire ressurgir la haine des uns et des autres et étaler au grand jour le décalage de leurs cultures et de leurs croyances spirituelles.

Même si BLOOD HOLLOW est une enquête policière aux rebondissements réussis et à l’écriture fluide et imagée, ce livre est avant tout un hymne au « peuple des origines », les Anishinaabés, et aux liens homme/Nature/résonnance.
Roman réussi et dépaysement garanti, bien loin du travail bâclé qu’est Mapuche de Férey ! Pas étonnant que William Kent Krueger ait reçu plusieurs prix prestigieux américains dont deux années de suite le très select Anthony Award.

BLOOD HOLLOW, William Kent Krueger, éditions Le Cherche Midi 480 pages 20 €
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sophie Aslanides

 

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