L’ÉTÉ DES DEUX PÔLES DE STEPHAN GHREENER : WOO N’A QU’Á BIEN SE TENIR !!

Ecrivain et scénariste, Stephan Ghreener est né en 1975, à Dieppe. Après un premier roman, Saisie, paru en 2002, il a publié, en 2010, Le Hold-Up des silencieux puis Paradis à vendre en 2011 chez Fleuve Noir.
L’été des deux pôles est le premier opus de sa série noire French Bricolo.

Extraits choisis

Regardez bien cet homme en train de débarquer d’un Zodiac, à l’extrême ouest de la crique. Tournez la tête. Encore.
Voilà.
Ici, à quelques kilomètres au sud de Porto Cervo. Vous et moi dans le même espace-temps. Sur une plage de Sardaigne. Et l’individu qui foule le sable à cet instant n’est rien d’autre qu’un lien accidentel entre votre repos et mon intervention.
Beaucoup le connaissent, sans pour autant être en mesure de mettre un nom sur son visage. Il est probable que vous-même travailliez pour lui sans le savoir. Vous payez peut-être un abonnement de téléphonie, et une partie du bénéfice finit dans la poche de son bermuda. Ou alors, vous roulez dans un modèle de voiture conçu par un constructeur qui a changé trois fois de nationalité en dix ans et dont il détient un peu moins de 5 % du capital. Il fait partie du top 50 des fortunes européennes. Depuis votre serviette, en train de parfaire votre bronzage, vous fouillez l’horizon pour distinguer la silhouette de son palace flottant. Je suis en mesure de vous le confirmer, il est bien le propriétaire du yacht qui vous bouche la vue. Coïncidence ou problème d’aiguillage, allez savoir, il atterrit sur la planète du tourisme en pension complète. Il cherche par tous les moyens à ne pas se faire trop remarquer, mais c’est raté.
Tournez maintenant la tête sur votre droite, dans la direction opposée. Un homme en maillot de surfeur, trente, trente-cinq ans, est en train de lire un mensuel spécialisé dans les voitures haute performance. J’insiste sur la présence de ce figurant pour vous apporter la preuve que nous sommes bien au même endroit. Il est accompagné de son amie. Il n’est pas marié. Sa relation avec sa voisine de plage dure depuis moins d’un an. Où ai-je eu cette information ? L’observation et la déduction font partie de mon métier. J’étais sur le même vol, ce qui aide, je vous le concède, à être indiscret. Assis dans la même rangée, j’ai eu tout le loisir de profiter de leurs conversations. Ce sont leurs premières vacances ensemble. Ils ont opté pour la Sardaigne après avoir conclu que la Corse était un peu trop chère pour eux. D’ici ce soir, la jeune femme aura deux ou trois coups de soleil et lui, un mal de cheveux carabiné. Ce garçon a un penchant pour les boissons alcoolisées à base de rhum, les seules capables d’accentuer cette sensation fugace d’un séjour à la mer parfait. Dans l’ordre : mojito et piña colada.
Si j’attire votre attention sur eux, c’est pour vous donner une idée de ma position. Ne me cherchez pas, je ne suis pas parmi vous. Je suis cent vingt mètres en retrait, sur les hauteurs, coincé contre un rocher et dissimulé par la végétation. Il fait 35°C à l’ombre et il suffirait d’une allumette pour tout faire flamber. J’ai une vue panoramique sur la baie. J’aperçois même le maître-nageur qui roupille sous son parasol. Trois minutes plus tôt, il a déplacé le catamaran rouge avec l’inscription en lettres blanches : Salvataggio. Sans doute pour se dégourdir les jambes. Depuis, il a rangé les rames sous un abri de fortune.
C’est vraiment une belle journée, et je m’adresse à vous par la pensée. Si je baisse les yeux, vous êtes pile dans mon champ de vision.

[…]

J’enfilai ma tenue de marin du dimanche. Cela les fit marrer de me voir me désaper. J’expliquai que pour tester mes armes, je préférais ne pas froisser mon costume demi-mesure. Surtout du Super-Cent.
– Tu vas faire quoi avec ton matos ? C’est pas une arme, ça ! Tu veux aller où comme ça ? Sur un casse ?
Je ne répondis pas.
Je bloquai le disque sur la meuleuse, je mis les gants et les lunettes de protection. Kevin, le propriétaire de la Clio, insista, sur le ton du meilleur ami qui tient à participer à la tombola. Il se projetait déjà dans l’avenir.
– Si tu as un plan avec de la fraîche au bout, on est partant, tu sais.
Je jetai mon dévolu sur la portière d’une Honda, juste derrière lui, posée sur les restes rouillés d’une Super 5. Je voulais voir si je pouvais passer au travers.
Je n’eus aucun mal à dessiner une entaille d’une trentaine de centimètres. J’étais fasciné par la combustion du métal, sa chaleur et la gerbe d’étincelles qui éclairaient sa progression. J’étais enfin en mesure de réfléchir à la situation telle qu’elle était. Deux 9 mm et un fusil calibré 22 long rifle : ou Périllat se foutait de ma gueule et il crachait mon exigence et mes besoins, ou il y avait eu un gros couac dans la précision helvète.

[…]

– Tu vois, Kevin, ce que j’arrive à faire avec du matériel disponible chez Casto?
Je me positionnai pile entre les deux banquettes et je visais au-dessus de sa tête en direction de la voiture japonaise. Six, huit, douze coups. Impressionnant. Mais pas autant que mon perce-béton. Je rendis le fusil à Kevin.
– Ça fait du bruit, et en plus, tu peux te blesser. Avec ma perceuse, c’est une autre histoire, tu ne crois pas, Kevin ?
Je le voyais dans son attitude. Le travail manuel était dénigré, pas assez noble, trop usant. Son frère Mickael se redresse, l’air goguenard.
– Pour faire un casse, c’est quand même limite, ton truc.
Je me penchai et repris ma perceuse.
– Bien au contraire, Mickael.
Je le braquai en posant la mèche contre son front.
– File-moi le fric ! Plus vite que ça, tocard !
Kevin éclata de rire devant mon numéro. J’appuyai sur la gâchette et traversai le crâne de son cadet. Ça rentrait comme dans du beurre, sans effort. Mickael était tétanisé. Son cerveau mourrait. Les réflexes se firent violents pendant une fraction de secondes. Je me baissai en direction du bidon en tôle qui faisait office de table basse et empoignai le Beretta. J’étais droitier, mais j’avais appris à me servir de ma main gauche. Je visai le thorax de Kevin.
– Quand un charpentier a besoin d’un marteau, il se sert d’un marteau, pas vrai ?
Kevin acquiesça. Je le voyais dans ses yeux, il hésitait entre détaler et attraper le fusil.
Je repris ma démonstration.
– Si je veux un fusil d’assaut Schnmeisser, c’est que j’en ai l’utilité. Je ne suis pas un dealer de quartier qui veut calmer les velléités de son revendeur, tu comprends ?
Je n’avais pas de territoire à défendre. Juste un travail à faire. Il fallait qu’il se rentre ça dans la caboche. Kevin tremblait. Il perdait pied, et rien n’indiquait qu’il était encore capable de suivre mon raisonnement.
– Tu as tué mon frère.
– Exact.
– Tu as tué mon frère, bordel ! insista-t-il, les larmes aux yeux.
– Je suis désolé.
Je pris ma respiration et lui tirai une balle de 9 mm Parabellum en plein cœur.

[…]

Résumé

Après 99 contrats réussis, Greg Vadim, tueur à gages, est prêt à changer de vie. Surtout qu’il vient de reprendre contact avec sa fille.
Surnommé French Bricolo pour sa créativité professionnelle, Greg rêve d’une vie plus calme. Mais tout le monde ne semble pas ravi de son annonce.

Avis

Etre publié dans différentes maisons d’édition ne suffisait pas à Stephan Ghreener qui aime relever les challenges. SG est née.
SG est une collection qui propose ses nouveaux romans à plus ou moins de 10 €. Le premier de la collection est L’été des deux pôles. Le suivant sortira courant mai 2013.

Entamer la lecture de L’été des deux pôles, c’est se plonger dans l’univers d’un tueur à gages très différent de ceux que l’on connaît au travers de films tel celui d’un Jef Costello (Delon dans Le samouraï,  Jean-Pierre Melville 1967) ou celui d’un Arthur Bishop (Bronson dans Le Flingueur, Michael Winner 1972), par exemple. Quoique.
Pour planifier ses contrats, Greg Vadim, ex tireur d’élite de l’armée, aime fréquenter les magasins de bricolage, s’acheter le meilleur matériel qui existe et l’utiliser. Jusqu’à présent il a tué 99 cibles à la demande de ses commanditaires et a toujours réussi à les exécuter sans laisser de traces. Il est censé éliminer les personnes qui font de l’ombre à d’autres ou ne « jouent » pas comme elles devraient, sans états d’âmes.

L’art de Stephan Ghreener : mélanger les univers en toute impudeur.
Une violence stylisée à la John Woo côtoie l’humour décalé d’un Tarantino, le tout mâtiné de l’omniprésence de la Nature et d’une analyse sociologique de notre société de plus en plus en proie au virtuel.
« C’est presque une métaphore, une mise en avant du savoir-faire manuel » explique l’auteur. Et qu’est-ce qui est plus concret aujourd’hui qu’utiliser ses mains, ne pas hésiter à se les salir ni à se fatiguer pour obtenir ce que l’on souhaite ?

L’écriture de Ghreener est cinématographique, les scènes s’enchaînent sans temps morts pour aller crescendo et laisser le lecteur affamé, désireux de connaître la suite. Aucune hésitation à avoir, L’été des deux pôles est un très bon thriller court et vif.
French Bricolo est né. Longue vie à lui !

L’été des deux pôles, Stephan Ghreener, collection SG, 212 pages 9,70 €
Vous pouvez cliquer sur le lien ci-dessus pour accéder au site Lalibrairie.com. et commander le roman. 
Une seule adresse, des centaines de points libraires !

A noter :
Stephan Ghreener sera présent au Printemps littéraire romillois le 7 avril à Romilly-sur-Andelle
Vous trouverez tous les renseignements sur le salon en vous rendant sur leur site.

 

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