LA GRIFFE & LE SANG : FRANÇOIS LARZEM, UN SEIGNEUR CONTEUR

Illustration Benjamin Carré

Auteur jeunesse ayant remporté de nombreux prix littéraires, François Larzem est aussi connu sous le pseudonyme d’Ephémère.
La griffe & le sang vient de paraître dans la toute nouvelle collection des éditions le Pré aux Clercs, PANDORE, dirigée par Xavier Mauméjean.

Résumé

Au XVIIIème siècle, Mina et sa mère abandonnent Craiova dévastée par la guerre pour rejoindre la Transylvanie en roulotte. Réfugiées dans un village de la vallée des Carpates, elles sont contraintes de porter un manteau à capuchon rouge, marque d’infamie qui les désigne comme sorcières.
Bien vite, Vlad, le chevalier à l’armure écarlate, envahit ses rêves. Alors qu’elle cherche à comprendre qui est cet homme, un autre surgit dans sa vie : un mercenaire vêtu de noir.

Extrait choisi

[…]
Prenant appui sur l’éboulis de pierres, le loup-garou se redressa.
– Mina ! grogna-t-il.
Son ton caverneux me fit sursauter. Pourtant ce cri ressemblait davantage à une plainte qu’à une menace.
– Je ne voulais pas la tuer… poursuivit l’animal.
Sa voix tremblait désormais. Il s’avança lentement vers moi.
– J’aimais Liuda comme je n’ai jamais aimé aucune autre femme. Mais le monstre qui me domine est plus fort. Pardonne-moi, Mina. Ne m’abandonne pas.
Dans une répugnante métamorphose, ni homme, ni bête, le meurtrier était devant moi. Blessé, traqué, affaibli.
Comme je restais muette, il poursuivit.
– J’aurais voulu avoir la force de Dvorek, vaincre cette créature qui me ronge. Pourtant, lune après lune, elle me possède un peu plus. Bientôt, elle ne craindra plus le soleil, et l’homme en moi périra. Si tu m’aides à m’enfuir, je disparaîtrai, je t’en fais la promesse. Loin des hommes, là où les forêts sont profondes, où les bêtes peuvent être sauvages. Sauve-moi de ces villageois qui veulent ma mort, Mina.
– Qui te dit que je ne veux pas te voir mourir, moi aussi ?
– Je t’en prie… murmura-t-il. Souviens-toi de tout ce que nous avons vécu ensemble. Nos nuits auprès du feu, les histoires que je te contais, nos moments de bonheur, tu ne peux pas oublier ça.
A l’évocation de ces souvenirs, Viorel reprenait peu à peu visage humain. Ses belles boucles brunes couvraient à nouveau ses épaules, je le revoyais tel que je n’aurais jamais dû l’oublier.
– Je t’ai toujours protégée, Mina. Je t’aime, et tu le sais.
Les cris des villageois résonnaient dans toute la colline. Comme des fourmis qui dépouillent un cadavre, ils envahiraient bientôt le piton rocheux, et leur haine ravagerait tout sur son passage. Peu leur importerait alors que je sois coupable ou non, j’étais déjà condamnée. Leur fureur serait sourde. La violence d’une bête n’était-elle pas plus excusable que la barbarie des hommes ?
Viorel semblait avoir lu dans mes pensées quand il reprit :
– Ce sont eux qui sont mauvais. Ils voudraient me voir mort, mais il ne faudrait pas grand-chose pour qu’ils te brûlent toi aussi. La différence leur fait peur. Fuyons ensemble, Mina, murmura-t-il en s’approchant de moi. A deux nous saurons leur résister.
Il déposa un baiser sur ma joue. Je retrouvais l’homme que j’avais connu. Celui qui m’avait toujours protégée. Puis il me serra dans ses bras, s’écarta pour me contempler de son doux regard.
– Je t’aime, me répéta-t-il.
L’instant d’après, sa bouche effleura la mienne. Dans un réflexe, je m’écartai précipitamment. Ses yeux étaient tendres, il me souriait. Alors, je baissai la tête, glissai mon pouce dans ma bouche et m’abandonnait dans ses bras.
Délicatement, il attrapa ma main pour l’écarter de mon visage puis se pencha pour m’embrasser. Lorsqu’il goûta à nouveau mes lèvres, le parfum de sang qu’il exhalait me fit frissonner. Je sentis sa bouche s’entrouvrir et, sans qu’il n’y puisse plus rien, je crachai violemment dans sa gorge la bague d’argent que je venais d’ôter de mon pouce. D’abord surpris, il recula brutalement en écarquillant les yeux, puis il se mit à tousser avec frénésie, se raclant la gorge pour tenter de recracher l’objet. Mais il était trop tard, l’anneau descendait déjà dans son estomac, entamant son lent travail de mort. […]

Avis

Dans ce roman de fantasy, François Larzem revisite la légende du comte Dracula créée d’après l’existence de Vlad III Basarab, prince de Valachie – autrement appelé Vlad Tepes, Vlad l’Empaleur en roumain, fils de Vlad II Dracul, Vlad le Dragon – et le mythe des loups-garous à laquelle il mêle la destinée d’une jeune Tzigane.
J’entends déjà certains commentaires acerbes : « Encore des vampires ! » auxquels je répondrai sans férir : « Fermez vos bouches, ouvrez le livre et lisez-le ! Ensuite, on en reparle. »

Non seulement il faut être couillu mais il faut aussi posséder un sacré talent de conteur pour oser créer une telle histoire.
François Larzem est de cette race-là, celle des Seigneurs, celle dont fait partie Serge Brussolo pour ne citer que lui.
Loin de la mièvrerie d’une Stephenie Meyer, la plume de Larzem est tout à la fois rude, poétique et noire. Excepté le très court passage qui m’a quelque peu agacée – la jeune fille s’imagine aller porter une miche de pain à sa grand-mère (« Tu ne vas pas me rejouer le conte, tire la chevillette et la bobinette cherra ! »), le récit m’a embarquée pour un voyage vieux de plusieurs siècles et pas assez long à mon goût. Quand c’est bon, j’ai tendance à devenir gourmande.  

A noter que ce roman destiné à des jeunes adultes contient des scènes dont la violence rappelle les films Deliverance (Délivrance de John Boorman d’après le roman éponyme de James Dickey) et  Interview with the Vampire: The Vampire Chronicles (Entretien avec un vampire de Neil Jordan d’après le roman d’Anne Rice) : nature envoûtante et cruelle, viols, survie au milieu de personnes à la culture différente.

Au-delà des mythes, La griffe & le sang est surtout un plaidoyer de très belle facture en faveur de la différence et de la liberté.
Je me plais à espérer que François Larzem délaisse les rayons jeunesse et young adult pour plonger dans le rayon adultes.
Once upon a time… What else ?

La griffe & le sang, François Larzem, éditions Le Pré aux Clercs, 312 pages 16 €

4 autres titres à paraître dans la même collection (Pandore) en mai, septembre et octobre 2013

 

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